Correspondance de Rome, t. CCLXXXI1I, p
tenaient avec tant de force ces mômes principes qu'ils accusaient ceux de France de s'être relâchés, et que le pape fut contraint de prier Philippe II de les modérer... On leur a montré combien il était dangereux de faire connaître partout que Bellarmin et quelques autres auteurs modernes ont. employé les principaux passages de l'Évangile dont ils se servent, pour soutenir l'autorité du saint siège contre les sentiments et V explication des Pères des premiers siècles et les plus célèbres. On leur a cité quelques cardinaux et des docteurs espagnols, flamands et. allemands. Ces choses partagent leurs esprits, augmentent leur peine et leur agitation, et certainement ils se trouvent dans un grand embarras, et ils ne le désavouent pas. Ils ressemblent à ceux qu'on peut battre impunément entre deux portes, mais qui ne peuvent souffrir les mauvais traitements publics et considèrent qu'il leur est honteux de souffrir, sans rien dire, un coup si éclatant... Favoriti, plein de fiel et de mauvaise foi, avait commencé, dès les premières congrégations qui ont été tenues depuis la lettre du clergé, à parler d'une constitution, y» Ce projet fut éloigné. Mais le cardinal Lauria confia en grand secret au cardinal d'Estrées que « la congrégation de la semaine passée avait été tenue sur le projet d'une constitution, dans laquelle on ne prétendait pas mêler le nom de Sa Majesté, mais plutôt taxer l'assemblée d'avoir entrepris ce qu'elle ne pouvait pas, contre le décret d'un concile général, lequel le pape confirmerait à l'égard de tous les royaumes ». Le cardinal d'Estrées répliqua au cardinal Lauria que ce projet « sarebbe Vultima ruina delV authorita del papa ». Le cardinal Lauria promit alors de travailler avec ses amis sur cette base. « Il me parla, dit encore le cardinal d'Estrées, de l'humeur intraitable du pape, qui les assemblait et leur demandait leur avis, sans le vouloir suivre. » Le cardinal d'Estrées trouva Lauria « fort âpre et rempli de longue main des principes des ultramontains. Il le fit cependant convenir que les propositions
n'étaient pas censurables, quoique dures et choquantes pour cette cour. » Le cardinal d'Estrées termina cette dépêche, en engageant Louis XIV à faire remettre une protestation au pape par l'ambassadeur, dans le cas où la curie publierait quelque chose contre les doctrines du royaume i.
Servient, de son côté, s'appliqua à reproduire aussi les premières impressions de la curie et du pape à propos des quatre articles; ses dépêches sont des plus intéressantes. Le 22 avril, il avertit Croissy que, pour se venger de ces articles, les conseillers du pape proposaient à Sa Sainteté les six résolutions suivantes : — 1° Une constitution qui frapperait de nullité tous les actes de l'assemblée, déclarant schismatiques les articles susdits, révoquant tous les induits ci-devant accordés au roi de France, déclarant les bénéfices mal possédés et en chargeant la conscience des fidèles; et cela, afin d'inquiéter les consciences, c< de nous jeter dans les mêmes désordres qui obligèrent au concordat sous Léon X et François Ier, et nous contraindre à un nouveau, qu'il serait de leur habileté de rendre plus avantageux pour eux que le précédent». — 2° Une promotion de tous les chapeaux vacants, sans aucun égard aux couronnes, et une déclaration qu'à l'avenir on ne tiendrait aucun compte de la nomination faite par des souverains, mais seulement du mérite des nations. — 3° L'indiction d'un concile général k Rome. — 4° L'abolition des immunités des ambassadeurs à Rome. — 5° L'augmentation de la prépondérance de l'ambassadeur d'Espagne à Rome sur celui de France. — G0 Enfin, une ligue avec lous les princes d'Italie contre la France. — « M. Dirois, docteur de M. le cardinal d'Estrées, a fait, dit Servient, un écrit pour justifier la dernière déclaration de l'assemblée. Son Eminence (le cardinal d'Estrées) me fit communiquer hier le dessein qu'on pourrait avoir de le faire traduire en italien et de