‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 43 sur 373 · Servient à Croissy, le 29 avril 1682 {ibid., p. 310-3U · texte numérisé non relu

Servient à Croissy, le 29 avril 1682 {ibid., p. 310-3U

ce que vous avez dit et représenté pour faire voir que le résultat de l'assemblée du clergé touchant l'autorité du pape et de l'Eglise, et ma déclaration pour le faire publier dans mon royaume, ne contiennent que les anciennes maximes qui y ont été de tout temps reçues et établies. Mais, comme l'intérêt qu'a la cour de Rome d'en soutenir le contraire ne lai permet pas (V entendre raison sur cette matière, elle doit s'attendre aussi que les bons sentiments que l'assemblée du clergé d« mon royaume a fait paraître sur ce point, ne seront pas moins secondés du concours universel de tous mes sujets qu'appuyés de mon autorité1.» Huit jours après, le 8 mai, dans une lettre écrite de Versailles, Louis XIV recommanda au duc et au cardinal d'Estrées d'observer avec le plus de soin possible ce qui se passait à la cour du pape, « dans les importantes matières qui y étaient agitées, en sorte que, s'il y en avait quelqu'une qui pût porter quelque préjudice à sa couronne, il en fût assez tôt informé pour en pouvoir prévenir les mauvais effets par les remèdes les plus convenables. »

Le 7 mai, Servient manda à Croissy que le pape venait de prier le cardinal Rospigliosi de faire accepter au cardinal d'Estrées les idées suivantes : — Nécessité d'adoucir la cour de Rome, « de ne pas la forcer à l'action par trop de fermeté du côté de France, et de suspendre l'exécution du dernier édit; )> — Nécessité d'admettre « que l'Inquisition déclarât, selon sa coutume, nulles et téméraires les propositions de l'assemblée et delà Sorbonne, » sans nommer ni le roi ni les évêques; que les honneurs rendus au nonce de Paris fussent augmentés. «Pour le décret de l'inquisition contre les propositions, cette forme de ressentiment indispensable ne devrait pointéchaufferlesFrançais, parce qu'elle est d'ancienne pratique, et que, d'ailleurs, ce tribunal n'étant pas reçu en France, ce serait, sans

1. Correspondance de Rome, t. CCLXX, p. 84-85; dépêche du ler mai 1G82.

inquiéter la France, prendre seulement des mesures pour éviter que Sa Sainteté ne restât déshonorée dans le reste de la chrétienté et dans sa propre cour1. » En vérité, qui n'admirerait la ruse consommée de cette dernière proposition, dans laquelle on demandait à la France de consentir à ce que Rome censurât sa doctrine, non pas certes pour l'inquiéter (puisqu'elle ne reconnaissait pas la valeur de l'inquisition romaine), mais uniquement pour sauvegarder l'honneur du pape en dehors de la France ! Dételles finesses ne se trouvent qu'à Rome.

Il va de soi que le cardinal d'Estrées ne pouvait pas admettre de pareilles propositions. Voici d'ailleurs les renseignements qu'il transmit lui-même à Louis XIV les 2 et 3 mai : — Il se tint une congrégation, dans laquelle on ne s'entendit pas sur les moyens de porter atteinte à la déclaration. Sous la direction et à la demande du cardinal d'Estrées, le prélat Palavicini, qui avait « l'esprit vif et prompt », composa un mémoire pour prouver que les articles de celte déclaration avaient toujours été enseignés en France. Le cardinal Colonna lut avec joie ce mémoire, qui concluait à l'envoi d'un nonce pourtraiter avec le roi. Mais Azzolini et Favoriti redoublèrent d'emportement contre la France, ce qui détermina le cardinal d'Estrées à reprocher à Azzolini de lui manquer de parole, et à prier le roi de songer à faire châtier « deux hommes si envenimés ».

Le cardinal d'Estrées eut ensuite une audience, dans laquelle il montra au pape que la doctrine de la déclaration n'était nullement une nouveauté, et que, par conséquent, il serait très dangereux de cherchera la condamner. « Le pape, dit le cardinal, prit la parole après avoir écouté paisiblement jusque-là, et, soit qu'il se composât, soit que son embarras le rendît plus doux, sans élever le ton de sa voix et sans aucune altération apparente, il me répondit qu'il savait bien que ces matières avaient été

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