Correspondance de Rome, t. CCLXXX, p
disputées et le pouvaient être encore, et quel était le sentiment des docteurs de Paris; mais qu'il ne comprenait pas par quelle raison le corps des évêques se fut engagé sans nécessité clans une déclaration que leurs prédécesseurs n'avaient point faite; qu'il était bien malheureux que cela arrivât dans son pontificat, qu'il n'avait pas mérité ce déplaisir, et qu'au lieu de reconnaître ce qu'il avait fait pour conserver les droits et les immunités des Églises de France, il était bien surpris de recevoir de telles marques de leur méconnaissance; que Dieu, qui avait fondé l'autorité du saint siège, saurait bien la maintenir, et qu'il prendrait sur cela les résolutions qui seraient convenables. » Le pape ajouta que tous les évêques n'approuvaient pas ce que l'assemblée avait fait. « Je tâchai, dit le cardinal, de l'en détromper, en lui disant que ces pensées étaient si enracinées dans leurs esprits, que rien n'était capable de les faire changer. Je lui contai à ce propos ce qui se passa dans l'assemblée de 1657, lorsqu'on résolut de publier des articles qu'on avait dressés sur ces sortes de matières et sur d'autres odieuses à cette cour; et comme M. le cardinal Mazarin vint inopinément dans l'assemblée le jour de la publication, et après une séance de huit heures et tous les efforts qui furent employés par un ministre si puissant, il obtint seulement que les articles demeureraient dans les archives pour y avoir recours quand il en serait besoin, sans qu'il pût en faire changer aucun. Je pris occasion de lui dire que les prélats qui s'étaient le plus mêlés dans la régale et qu'on lui avait représentés si soumis et si zélés pour Sa Sainteté, étaient les plus attachés à ces maximes ; que l'évêque de Rieux étant député du second ordre dans l'assemblée de 57, fut un des commissaires députés pour dresser les articles dont je venais de parler, et un des moins traitables; que l'évêque de Saint-Pons avait travaillé en 1663 plus que personne aux propositions que la Sorbonne publia pour lors, et que cette rencontre, l'ayant fait connaître, avait contribué à lui procurer son évêché; que
j'avais passé une année dans une assemblée avecl'évèque d'Agde, dont Favoriti exaltait tant le mérite, et que je l'avais vu plus échauffé que personne sur l'autorité des conciles et l'observation des canons; que l'évêque d'Alet aurait signé de son sang ces articles, s'il l'eût fallu; que, nonobstant une vie exemplaire, aucun prélat n'avait témoigné moins de soumission pour ce qui venait de Rome ; qu'on m'avait assuré qu'il ne souffrait point de publication d'indulgence dans son diocèse, ni d'exécution de dispense au second degré, et qu'il les donnait lui-même au troisième; que, nonobstant la censure de son rituel, il ne l'avait jamais quitté et l'avait fait pratiquer dans son diocèse jusqu'à sa mort; que l'évêque de Pamiers faisait enseigner le même rituel dans son séminaire (quoique le pape se fût tant commis pour lui), quand il mourut. »
» Le pape reprit le discours, recommença ses plaintes contre l'assemblée, et répéta une partie des choses qu'il m'avait déjà dites. Puis, faisant allusion à l'ancienneté de la doctrine de la déclaration : « A quoi bon, me dit-il, la publier dans cette rencontre, puisque vous dites qu'elle n'est pas nouvelle et que tout le clergé en était déjà prévenu? Je lui répondis que ces sortes de résolutions arrivaient toujours quand les deux puissances n'étaient pas d'accord; que Sa Sainteté devait bien connaître que c'était une suite de ses engagements trop opiniâtres sur la régale; que de la même sorte les propositions de la Sorbonne parurent pendant les démêlés d'Alexandre VII. Et, baissant le ton de ma voix comme pour lui faire une confidence, mais en effet pour lui marquer le méchant effet de son troisième bref, je lui dis : Je veux confier à Votre Sainteté que, sans une espèce de merveille, elle aurait vu la même chose, dès que son troisième bref fut arrivé. L'assemblée se trouvait sur pied, les prélats toujours disposés et ne cherchant qu'une conjoncture, la résolution en était prise, et I'oh devait faire d'autres actes au parlement; mais la piété du roi et quelque inclination même pour la personne de Votre Sainteté, les détourna et lui fit résoudri
de m'envoyer vers elle. Je fortifiai mon sentiment sur la modération qu'il devait avoir par celui de saint François de Sales, qui avait écrit au cardinal Borghese fort prudemment la conduite qu'on devait tenir, quand de telles contestations s'échauffaient; que ma propre expérience m'avait appris l'importance d'un si bon conseil, mais que le voyant autorisé par le jugement de ce grand saint, j'osais l'appuyer avec plus de force et de confiance. J'envoie la copie de cette lettre à Votre Majesté1. C'est le cardinal Rospigliosi qui Ta déterrée, et j'ai jugé à propos de la faire tomber entre les mains du pape et de la rendre publique pour opposer à la préoccupation et à l'aigreur de cette cour contre la déclaration de l'assemblée, parce que, quoique ce saint parle plus favorablement des opinions de Rome, il marque nettement que ces questions sont disputables et qu'il importe au saint siège de ne les pas approfondir'2. »
L'abbé d'Hervault, auditeur de Rote, envoya aussi à Croissy ses propres renseignements; sa modération, voisine de la timidité, rend ses appréciations d'autant plus intéressantes. Le 13 mai, il écrivit : « Quoiqu'on ne puisse pas dire que le Saint-Père prenne tout à fait en bonne partie déplaisir qu'il prétend lui être venu de la cour de France aussi bien que du clergé, par la détermination des quatre articles et par la déclaration qui l'a suivie, il paraît au moins revenu de son premier ressentiment; et la conférence qu'eut avec lui il y a quelques jours M. le cardinal d'Ëstrées, et dont il aura informé Sa Majesté, a produit assurément un changement très considérable clans son esprit. A la vérité, cela n'a pas été encore jusqu'à se résoudre effectivement à prendre un parti d'adoucissement et d'union. Il y a trop de chemin à faire pour venir à un tel changement de volonté. — Les congrégations se con-
1. Cette lettre était la 44e pièce contenue dans le t. CCLXXXIII ; niais elle a été enlevée.