‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 45 sur 373 · Correspondance de Rome, t. CCLXXXIII, p · texte numérisé non relu

Correspondance de Rome, t. CCLXXXIII, p

tinuent toujours, et il s'en doit tenir une demain, si le cardinal Ludovisy, chez qui on s'assemble comme le plus ancien, revient de la campagne comme on le croit, et que les obsèques du cardinal de Richy (Ricci) n'en empêchent pas. Le cardinal de Luca a été ajouté à ceux qui la composaient, et on en doit espérer quelque bien, au moins par l'opposition qu'il a avec Favoriti en toutes choses, et par l'honneur qu'il croirait peut-être avoir dans l'affaire, si elle changeait de face dans le temps qu'il commence de s'en mêler, après qu'il semble que la part que Favority y a eue jusqu'à présent et la conduite qu'il a tenue, n'a fait autre chose qu'attirer au Saint-Père le déplaisir que ces articles lui ont causé. Peut-être peut-on espérer même qu'il y aura quelque autre considération capable de le toucher... On peut remarquer même qu'il est difficile que Sa Sainteté ait ajouté de Luca à la congrégation sans quelque intention que les affaires changent de manière parce que jusqu'à présent il ne s'en était voulu fier qu'à Favority, qui lui faisait même le rapport, de tout ce qui se passait dans la congrégation; et de Luca n'étant pas moins honoré de sa confiance, il est sûr qu'il se fera encore informer par lui de toutes choses et que Favority se trouvera au moins contraint de parler juste dans le fait.

»Lesavis des cardinaux se partagent, dit-on, dans toutes leurs assemblées, et aucun d'eux ne se peut encore tout à fait bien démêler, ni de la crainte que leur donnent les suites qu'on leur fait entrevoir en condamnant les articles , ni de l'aveu qu'ils en sembleraient faire eux-mêmes en ne les condamnant pas, après le bruit qu'ils en ont fait. Cependant, monseigneur, plusieurs cardinaux qui ne sont point employés dans cette affaire par le pape et qui ne se croient pas également obligés au secret, crient assez haut qu'il faut envoyer un nonce en France; et d'autres disent qu'on ne peut sortir honorablement de cette affaire que par un légat a latere... — Cependant il commence de paraître ici quelques écrits encore fort secrets sur l'état

des choses et la résolution qu'il faudrait prendre. J'en ai vu un qui ne m'a pas paru mal fait, par un prélat de cette cour; et quoiqu'il conclue en faveur de la cour de Rome, pour l'honneur qu'on lui a peut-être fait de lui demander son avis, ou parce qu'il n'aurait osé conclure autrement, il ne paraît pas fait dans l'esprit de nuire aux affaires. Je n'ai pu en avoir de copie ; mais je sais qu'il est divisé en trois points. — Dans le premier, il répond à la question quid mine deceal, qu'il semble à la vérité que le saint siège, qu'on ne distingue guère ici de la cour de Rome, a souffert quelque dommage par tout ce qui s'est passé jusqu'à présent à l'assemblée du clergé, au parlement et au conseil du roi, et qu'on ne peut avec dignité demeurer sur cela sans mouvement. — Dans le second, il répond à la question quid liceat, que la doctrine contenue dans les articles est tenue en France depuis longtemps f et qu'il serait extrêmement dangereux de se porter à quelque condamnation des dits articles, puisqu'ils ne manquent pas de grandes probabilités; et à cette occasion il les prouve pour le moins aussi bien que la doctrine opposée. — Et pour satisfaire à la troisième question quid expédiât, il insinue de prendre l'un des deux partis qu'il propose. Le premier, d'infirmer l'assemblée par quelque désaveu authentique de tout ce qu'elle fait et du pouvoir qu'elle s'attribue, en témoignant l'estime convenable pour la piété du roi. Et l'autre serait d'écrire un bref à Sa Majesté, d'un style tout différent de ceux dont il s'est plaint jusqu'à présent, en remettant tout à sa piété et à sa religion, dont on ne peut douter. Il a eu des considérations personnelles de ne point parler de nonce1. »

Servient compléta les indications précédentes par sa dépêche du 21 mai. « On nous a secrètement avertis, ditil, qu'on a donné depuis peu de jours à qualifier les propositions de l'assemblée; c'est le premier pas pour la

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