Ibid., t. CCLXXXIII, p
3. Ces dernières paroles se trouvent textuellement répétées dans la dépêche de Louis XIV au cardinal, du 12 juin 1682 (ibid., t. CCLXX, p. 91-93).
pension des affaires entre Rome et Versailles. ïl est facile de voir tout le terrain que le pape avait su conquérir sur son adversaire depuis le 19 mars et surtout depuis le 16 ou le 17 avril, jour où les quatre articles imprimés étaient arrivés à Rome. Tout d'abord, grand ressentiment du pape, puis, peu à peu, apaisement extérieur qui lui faisait introduire le cardinal de Luca dans la congrégation de la régale et proposer la suspension; mais, sous ces dehors de pacification, maintien de l'influence de Favoriti, c'est-à-dire démarches souterraines pour préparer la condamnation des quatre articles. De la sorte le pape désarmait Louis XIV et l'Église gallicane par la suspension, et pendant ce temps il préparait lui-même secrètement une guerre à courte échéance pour triompher de son adversaire endormi. La suspension était le coup de ciseaux de Daliladans la chevelure de Samson; le cardinal de Luca, avec sa modération affectée, était chargé de le donner, en caressant le trop sensible et trop peu clairvoyant cardinal d'Estrées; et, pendant ce temps, Favoriti préparait les armes et aiguisait les stylets. De Luca et Favoriti paraissaient se détester et agir en sens contraires, peut-être même était-ce sincère de leur part; mais utiliser leurs dissentiments personnels était, de la part du pape, une profonde habileté pour dissimuler ses propres intentions; il se servait de l'un comme de son bras gauche, pour saluer gracieusement le cardinal d'Estrées et Louis XIV, et de l'autre comme de son bras droit, pour tenir prête la détente qui devait faire feu. Quant au cardinal Cibo, il devait flotter de l'un à l'autre, se faire l'écho de leurs contradictions étudiées tout en se tenant plus près de de Luca que de Favoriti, endormir par des paroles à double entente les d'Estrées et la cour cle Versailles, amuser le tapis et gagner du temps au profit du pape. Bref, tout cela était mené de main de maître.
C'est ainsi qu'on entra dans la seconde période des négociations; l'hypocrisie de la curie était manifeste à Seraient, la faiblesse de Louis XIV plus manifeste encore à Lauri et au pape. Ce n'est pas que Louis XIV consentît alors à une rétractation de ses actes. Loin de là. Il entendait parfaitement maintenir son édit du 2i janvier sur la régale et celui du 23 mars sur la déclaration du clergé; mais il consentait par la suspension à ne pas faire usage de ces armes et même à n'en pas préparer d'autres. Il perdait ainsi, dans une oisiveté cachée sous le nom de paix, un temps précieux que le pape allait admirablement utiliser pour lui-même.
D'après une dépêche de Servient du 4 juin, Favoriti et ses amis les cardinaux Azzolini, Oltoboni et Casanatta représentèrent au pape que, s'il condamnait les quatre articles, le clergé de France en appellerait de son bref de condamnation à un concile. Quant à eux, ils étaient disposés à accepter ce nouveau concile « comme un nouveau moyen de réunir toutes les nations contre la France », et ils pensaient que « le pape pouvait accepter l'appel à un concile, mais qu'il faudrait en premier lieu que la France acceptât celui de Trente. » Ces derniers mots indiquent clairement que ce concile n'était pas encore reçu en France et que cet état de choses déplaisait à Rome. Quant aux détails des procédés à suivre, il n'y avait pas accoB(l entre ces quatre conseillers; Ottoboni et Casanatta inclinaient d'un côté, Azzolini et Favoriti de l'autre; ces derniers voulaient, entre autres choses, que l'on publiât sans retard la qualification qui avait été arrêtée des quatre articles, ainsi qu'une bulle « qui les anéantît et les rendît abominables pour jamais » l.