‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 56 sur 373 · Correspondance de Rome, t. CCLXXXIV, p · texte numérisé non relu

Correspondance de Rome, t. CCLXXXIV, p

ce qu'il répéta diverses fois et avec beaucoup de chaleur. Sa Sainteté revint aux propositions de l'assemblée du clergé. Elle en reparla à peu près de la même manière, et me dit qu'il serait de la piété de Votre Majesté de faire révoquer ce que l'assemblée avait fait, et ensuite, s'inclinant fort et d'un ton tout à fait bas, qu'elle ne pouvait s'empêcher de me dire, entre nous que Votre Majesté ne devait pas appuyer cette déclaration par un édit et qu'il n'était pas bien que Votre Majesté l'eût fait, me répétant la même chose trois ou quatre fois, et toujours fort bas, et que ce qu'elle me disait était toujours entre nous. Je lui répondis qu'il n'avait tenu qu'à Sa Sainteté que les choses n'allassent pas si avant, et qu'ainsi il ne fallait, s'il lui plaisait, s'en prendre qu'à elle-même, lui représentant que le véritable moyen d'avoir quelque satisfaction touchant ces propositions était de finir l'affaire de la régale et voir avec Votre Majesté ce qui s'y pourrait faire pour contenter Sa Sainteté. Sur quoi elle me dit que, si elle en usait ainsi, il paraîtrait que l'accommodement de la régale aurait été une condition pour avoir raison des propositions, et que cela ne serait pas bien; et elle me dit qu'il fallait remédier aux propositions auparavant, et répétant qu'il serait de la piété de Votre Majesté, et le reste qui suit. »

Le cardinal de Luca, qui passait pour modéré, disait toutefois que les propositions de l'assemblée étaient « demi-hérétiques », et il était opposé à ce que le pape donnât des bulles aux évêques nommés qui les avaient souscrites1. Le pape usa de cette tactique comme d'un moyen de les condamner clairement et d'atteindre son but dans l'opinion publique. Nous avons traité à part cette question des bulles des évêques nommés.

Le 2 octobre, le cardinal d'Estrées rappela au roi que le pape avait approuvé l'ouvrage de M. de Condom, dans

1. L'abbé d'Hervault à Mgr(Croissy) le 30 septembre 1682 (Correspondance de Rome, t. CCLXXXI, p. 265-269).

lequel il était dit que les points en question « n'appartiennent pointa la foi » *. D'où il suivait qu'une condamnation de ces mêmes doctrines serait un empiétement de la cour de Rome sur le domaine de la foi.

Le 8, Louis XIV écrivit deChambordau duc d'Estrées: « Quoique Sa Sainteté vous ait assuré qu'elle observerait de sa part la suspension, et que, quand elle songerait à la rompre, elle vous en avertirait pour m'en informer, néanmoins je vois bien qu'il y a d'autant moins de fondement à faire sur une assurance si vague, que Sa Sainteté vous fait connaître en même temps qu'elle est toujours dans les mêmes sentiments sur ce qui regarde la régale, et qu'à l'égard des propositions du clergé autorisées par ma déclaration, elle prétend qu'avant toutes choses elle soient abolies ; et comme je vous ai assez fait connaître par toutes mes précédentes dépèches que, n'ayant rien été fait tant par l'assemblée du clergé que par mon autorité qui ne soit conforme aux anciennes maximes de mon royaume et très-important au bien de ma couronne, je ne pouvais pas aussi souffrir qu'il y fût donné la moindre atteinte, vous ne devez pointfaire espérer au pape que le moyen d'avoir quelque satisfaction sur les dites propositions serait de finir l'affaire de la régale; car, comme je ne prétends pas admettre aucun autre expédient sur ce dit point que ceux dont je me suis expliqué par mes dépêches à mon cousin le cardinal d'Estrées, Sa Sainteté ne doit pas s'attendre aussi que je veuille rien révoquer des maximes confirmées tant par le commun consentement de l'assemblée du clergé que par ma déclaration. Ainsi vous devez toujours vous en tenir à ce que je vous ai fait connaître de mes intentions par toutes mes dépêches; et tant que le pape ne vous paraîtra pas disposé à me donner satisfaction, il n'est pas à propos de le presser de prendre des résolutions qui m'obligeraient à témoigner mon ressentiment. »

Page 1