‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 73 sur 373 · Le même au même, le 14 juillet 1684, t. CCXCII, p · texte numérisé non relu

Le même au même, le 14 juillet 1684, t. CCXCII, p

C'est surtout au mois de mai 1684 que les doctrines du Père Gabrielis relatives à l'infaillibilité du pape, servirent de thème à la congrégation du saint office pour attaquer de nouveau les propositions de l'assemblée; mais il en sera question dans le chapitre spécial de l'infaillibilité. Nous parlerons aussi, dans un chapitre spécial, de la campagne dirigée par Rome contre le Père Noël Alexandre, dont les doctrines se rattachaient à celles des propositions.

Dans son audience du 17 juillet, le duc d'Estrées proposa au pape de choisir des députés de son bord qui conféreraient avec des députés français sur la doctrine des évêques nommés, afin d'examiner si elle était saine ou non. « Le pape m'ayant répondu, dit le duc, que c'était à lui seul d'examiner ce point-là et les sujets qui pourraient être idonei, je lui dis qu'assurément cela ne pourrait pas être ainsi, puisque*? était obligée d'exécuter ce que portait le concordat, et qu'ayant été fait entre François Ier et Léon X, leurs successeurs n'y pouvaient toucher ni rien innover que de concert. Sa Sainteté me parla ensuite avec beaucoup d'emportement des propositions de l'assemblée du clergé, et dit qu'on enseignait en France une nouvelle doctrine. A quoi ayant répondu que l'on avait enseigné et enseignerait toujours les mêmes, il me répliqua : Per finirla bisogna censurare queste proposition (pour en finir, il faut censurer ces propositions). Je lui répondis que Sa Sainteté pouvait le dire, mais non pas le faire (entendant qu'il faudrait un concile pour cela et que les suites d'une telle résolution pourraient être préjudiciables au saint siège et au pape1. »

Louis XIV, qui craignait cette censure, cherchait à ne pas la provoquer; aussi ne voulait-il pas condamner les doctrines romaines, espérant par là obtenir du pape qu'il ne condamnerait pas non plus les doctrines gallicanes. Le

1. Le duc d'Estrées au roi, le 18 juillet 1684 (Correspondance de Rome, t. CCXC1I, p. 39-62).

13 août, il écrivit de Versailles au cardinal d'Estrées qu'il ne voulait rien faire contre le livre de Capisucchi. « On peut laisser à la cour de Rome, dit-il, la liberté de soutenir ses maximes, sans souffrir qu'elle condamne directement celles qui ont été de tout temps soutenues dans l'Église de France1. » Sa Majesté supportait donc les condamnations indirectes, et elle n'aurait repoussé que la condamnation directe. Le 25 août, elle ajoutait qu'elle avait fait voir au nonce Ranucci qu'une condamnation « pourrait avoir des suites qui ne plairaient pas à Sa Sainteté 2 ».

En septembre, le pape, d'après une lettre de l'évêque Le Camus au cardinal d'Estrées, était acharné contre les propositions de l'assemblée; et, le 14, il se déclara très malheureux de ce qu'en France on lui demandait des choses contraires à sa conscience, et de ce qu'on avait rendu obligatoire l'enseignement des propositions; il prétendit que cela n'avait jamais eu lieu, qu'on voulait contrister son pontificat, et qu'on l'obligerait aussi à réprouver ces propositions plus fortement qu'il ne l'avait fait jusque-là 3. Au mois de décembre suivant, il traita formellement d'hérétiques les évoques qui avaient adhéré aux propositions de l'assemblée et qui niaient son infaillibilité 4. En janvier 1685, à propos des efforts violents que Louis XIV faisait pour combattre les protestants, le pape aurait dit, d'après un bruit public, « que le roi éteignait une hérésie dans son royaume par politique et en faisait naître une autre par ambition. » Le pape ne fit pas démentir publiquement cette rumeur, mais seulement en secret par son nonce, et seulement auprès du roi et du

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