‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 81 sur 373 · LA QUESTION DE L I NF A1LLIBI LIT E PAPALE SOUS I NNOCENT XI · texte numérisé non relu

LA QUESTION DE L I NF A1LLIBI LIT E PAPALE SOUS I NNOCENT XI

La curie avait intérêt à voir ses décisions reçues dans loutes les Églises comme irréfragables, indiscutables et faisant loi. Si une fois elle avait toléré que les Églises les discutassent de manière à pouvoir les accepter ou les rejeter à leur gré, c'en était fait de son autorité et de son prestige. Aussi s'appliqua- t-elle toujours, surtout depuis les conciles de Pise et de Constance, à soutenir la supériorité du pape sur le concile œcuménique et son indépendance vis-à vis des canons de l'Église; elle ne voulait plus qu'il fût un simple gardien des lois ecclésiastiques, soumis à elles ; elle le posait en maître de ces lois, en souverain qui peut en disposer et en dispenser, sans avoir à rendre compte de sa conduite à personne.

Tel était l'enseignement fondamental des théologiens de la curie sous Innocent XL En effet, parlant des conclusions du procureur général de France dans l'arrêt contre le bref de Charonne, l'abbé de Servient écrivit de Piome le 13 novembre 1680 : « Les conclusions de M. le procureur général passent ici pour hérétiques, soumettant le pape aux canons et par conséquent au concile l. »

1. Correspondance de Rome, t. CCLXIX, 2e suppl. de 1680, p. 269-273.

De là à l'enseignement direct et explicite de l'infaillibilité du pape, il n'y avait évidemment qu'un pas; dans l'esprit des théologiens romains ces deux thèses étaient identiques.

Le 4 décembre 1681, un carme, le Père Félix Buhy, ayant enseigné, entre autres choses, qu'il y avait des lois ecclésiastiques auxquelles le pape était soumis, on lui en fit un crime à Rome, et le commissaire général des carmes envoya à ce sujet, évidemment de par le pape, un ordre au prieur du grand couvent de Paris, ordre condamnant cette doctrine.

Dans un rapportsurle procès-verbal de l'assemblée de 1082, rapport écrit vraisemblablement par l'augustin Vanec, ami de Favoriti, il était dit formellement que le pape est au-dessus du concile et qu'on lui doit respectet obéissance £. Or, on sait comment Piome a toujours entendu ces termes dans un sens aussi absolu que possible.

Le mercredi 15 avril 1682, Servient écrivit au cardinal d'Estrées pour lui raconter une conversation qu'il avaiteue avec un de ses amis, en même temps confident de Favoriti. Servient dit à cet ami : a Que, pour l'infaillibilité du pape, on en parlait d'une manière très modérée, en ordonnant l'obéissance aux constitutions des papes, aux canons etaux conciles, et disant seulement que ce que les papes faisaient sans le secours de l'Eglise n'était pas ivre for mobile, qu'il y avait grande différence entre ce mot et celui d'infaillible, puisque même on pouvait le prendre pour les formes, qui n'offenserait pas un concile général et ce qui par l'effet n'avait pas offensé plusieurs papes, dont les bulles, non plus que les conciles de Trente et celui de Lyon qu'on citait, n'avaient pas été entièrement reçus en France.» Servient dit encore plusieurs autres choses dans le sens gallican de l'époque; puis il ajoute : « On en est convenu, et l'on a écouté fort attentivement l'ex-

1. Correspondance de Rome, t. CCLXXX, 1er suppl. de 1682, p. 239-285.

plication des articles sur lesquels on a déploré la volontaire incapacité et l'obstination de Sa Sainteté1.»

Le jeudi 27 août de la même année, le pape donna audience au cardinal d'Estrées et lui « cita l'assemblée de 1625 comme ayant tenu un langage tout contraire à la déclaration de celle de 1682. C'est sur un extrait d'un livre qu'on prétend avoir été imprimé en ce temps-là, par l'ordre de cette première assemblée ». Le cardinal, dans sa dépèche du 30 août, avoua que cet extrait était spécieux et avantageux pour l'infaillibilité du pape; il demanda qu'on en contrôlât l'exactitude. Tl dit au pape que cet extrait lui paraissait suspect, vu les actes de cette assemblée ; que la France n'avait jamais changé dans le fond de sa doctrine; « que les théologiens de ce pays-ci (Rome) ignoraient beaucoup de leurs fondements et n'avaient lu que Bellarmin; qu'il fallait connaître et embrasser cette matière dans toute son étendue; » et qu'il se faisait fort d'en conférer victorieusement avec les théologiens du choix du pape. Le pape esquiva cette proposition, en détournant la conversation et en lui parlant favorablement du général des jésuites2.

Le cardinal d'Estrées, qui voulait faire passer à tout prix la déclaration de l'assemblée de 1682, cherchait à en atténuer autant que possible le sens, cependant déjà si atténué. Il espérait, par ces adoucissements, apprivoiser le pape et le réconcilier avec les maximes gallicanes, qui étaient loin d'être alors ce qu'elles avaient été autrefois. Dans une autre audience qu'il eut au commencement de septembre, il dit au pape que « la déclaration du clergé n'avait pas nié l'infaillibilité dans les papes, mais seulement prétendu quelle ne leur appartenait pas sans aucun concours de l'Église ». « Il me répondit, poursuit-il, qu'elle avait été donnée à saint Pierre et à ses successeurs. Gela me donna lieu pour lors d'entrer

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