IbicL, t. CCLXXXIV, p
dans l'explication des différentes opinions, et de lui dire que Gerson et les cardinaux de Alliaco, Testât, de Cusa et d'autres grands auteurs, attribuaient purement à l'Église l'infaillibilité promise par Jésus-Christ ; que les docteurs de ce pays-ci et un grand nombre de scolastiques l'attribuaient au pape séparément de V Église ; et que d'autres qui voulaient concilier ces contrariétés par un tempérament raisonnable, ne niaient pas l'infaillibilité du pape, mais prétendaient que, ne lui pouvant convenir comme évêque de Rome, comme primat dans quelques provinces d'Italie, comme patriarche dans tout l'occident, il ne la pouvait prétendre que comme chef de l'église universelle, et que, cette qualité de chef portant une relation et une liaison inséparable d'avec les autres parties de VÉglise, il ne pouvait exercer cette infaillibilité que conjointement avec elle, et par conséquent Von ne la pouvait imaginer sans le consentement et le concours des évêques. Il les rejeta d'abord comme une grande absurdité, selon ses préventions ordinaires. Mais il fut plus embarrassé, quand je fis venir au secours le livre du docteur du Val, exalté dans Rome comme un des plus grands défenseurs du saint siège, et que je lui dis que j'avais trouvé des propositions dans son livre (dans lequel il donnait tant de prérogatives au pape) à peu près semblables à celles du clergé... Il fit paraître encore qu'il croyait que tout le clergé de France n'embrassait pas les opinions de l'assemblée1. » Au lieu de répondre à l'exposé et à l'argumentation du cardinal, le pape se retrancha ainsi, assez piteusement, dans une assertion tout à fait insignifiante.
La consultation du 19 janvier 1682, qui se trouve au tom9CCLXXXU(p. 172-178), constate que les parlements niaient l'infaillibilité du pape et que le clergé de France les appuyait; que, si les jésuites ont enseigné précédem-
1. Le cardinal d'Estrées au roi, les 11 et 12 septembre 1682 (Correspondance de Rome, t. CCLXXX1V, p. 268-300).
ment en France l'infaillibilité du pape comme un article de foi, c'était pour triompher plus commodément des jansénistes condamnés par certaines bulles papales; mais que, les jansénistes étant défaits, les jésuites de France revenaient à l'ancienne doctrine, ou plutôt enseignaient que l'infaillibilité papale n'était qu'une opinion probable, enseignement résumé dans cette proposition : « S'il est possible que ce soit une hérésie de ne pas croire l'infaillibilité, il est possible aussi que ce n'en soit pas une ; on a le choix de dire oui ou non, selon qu'il est avantageux. »
Une autre consultation de M. Fourcroy, avocat, sur les quatre articles de l'assemblée, établit que ces articles « sont conformes aux sentiments du docteur du Val, qui a été un des plus zélés pour l'autorité papale »*. L'étude approfondie des dépêches relatives à ces quatre articles montre que le pape et la presque totalité des membres de la curie leur étaient hostiles, qu'ils pensaient comme l'archevêque de Strigonie et non comme le parlement de Paris et la Sorbonne. « 11 ne faut pas douter, écrivit le cardinal d'Estrées à Louis XIV, que la connaissance que le parlement et la Sorbonne ont pris (sic) de l'écrit de l'archevêque de Strigonie, ne soit ici fort désagréable et ne donne quelque occasion de discourir et de batailler. » Ce cardinal essaya, mais en vain, de prendre le devant et de faire voir « que, selon les propres principes de Bellarmin et des autres ultramontains, la doctrine de cet écrit n'était pas soutenable, sans y sous-entendre ce que l'auteur n'avait pas expliqué2; » Rome donna le mot d'ordre à
1. Correspondance de Rome, t. CCLXXXII,p. 199-205. licite, sur le 1er article, duval, P. I, Q. I, p. t'6; P. III, Q. VII, p. 412; — sur le 2e article : P. Ilf, Q. IX, p. 427, -431, 432, et Q. X, p. 140, 434; — sur le 3" article: P. IV, Q. VII, p. 550, 599, 614-, 616; — sur le 4e article: P. IF, Q. V, p. 308; Q. 111, p. 240 ; Q. VII, p. 311; Q- II, p. 235. Cf. De suprema romani, pontifias in Ecclesiam potestate disputatio quadripartita, in-4° Parisiis, apud Dionysium Langhaum 1614.