Correspondance de Rome, t. CCGXXIII, p
besoin d'en appeler contre lui à des bulles indiscutables et infaillibles, ils laissèrent là l'infaillibilité du pape et reprirent leur marche à la suite du clergé antiinfaillibiliste de France.
Tout le débat sur les quatre articles de 1682 prouve clairement que ce clergé était, en effet, en immense majorité, anti-infailbilliste, et que le roi, en avertissant ses procureurs généraux, par son édit du 14 juin 1683, que l'enseignement de ces articles était obligatoire en France, était d'accord avec l'Église du royaume.
Le roi, en recevant cette dépêche du duc de Ghaulnes, ne fut pas satisfait, et, le 6 janvier 1690, il lui envoya de Versailles le correctif suivant : « Quant à l'objection que le pape vous a faite que, sous le pontificat d'Alexandre VII, j'avais soutenu l'infaillibilité des papes, bien loin d'en demeurer d'accord comme vous l 'avez fait, vous pouviez lui répondre avec plus de raison que mon sentiment a toujours été et est encore que, pour ôter toutes occasions de schisme qui naissent souvent des matières doctrinales, et pour conserver la paix de l'Eglise, tous les fidèles sont obligés de se soumettre provisionnellement au jugement du pape suivi du consentement des évêques, à l'effet de ne point dogmatiser contre leur détermination, et que, comme il n'était ni nécessaire ni possible, parmi les désordres de la guerre, d'assembler un concile général ou national pour examiner les cinq propositions de Jansenius, le jugement du pape ayant été sans opposition reçu et approuvé de tous les évêques à l'exception de quatre d'entre eux, la demande que vous fîtes en mon nom au pape Alexandre VII de nommer un certain nombre d'évêques commissaires, pour faire le procès à ces quatre qui ne voulaient pas souscrire la condamnation de Jansenins, n'autorise, en quelque manière que ce soit, la prétention d'infaillibilité, contre laquelle la faculté de théologie, les parlements de mon royaume et généralemen t toute l'Église gallicane s'est toujours opposée; et il est bon que, dans la première occasion que vous trouverez, vous
désabusiez le pape de l'impression que lui aura donnée votre réponse * . »
En novembre 1681, Servient dit à Innocent XI que, si Ton voulait obliger la France à admettre la supériorité du pape sur le concile, contrairement à la disposition du concile de Baie, « ce serait vouloir détruire une opinion générale et tout hasarder en France. » Et, d'après Servient, le pape <;< comprit la solidité de cette représentation et s'y rendit sans hésiter2. » — Si le carme Buhy fut attaqué par Rome à cause de ses thèses gallicanes, il fut soutenu par le parlement 3; et le 25 janvier 1682, Louis XIV défendit qu'on exécutât l'ordre du pape. — En 1682, le chancelier envoya au cardinal et au duc d'Estrées, à Rome, un mémoire, dans lequel il est dit que la doctrine de la déclaration du clergé a été « de tout temps tenue dans le royaume. » Puis le chancelier ajoute : « Et à l'égard de la bulle d'Alexandre VII, qui a condamné la censure de la faculté de théologie contre le livre de Vernan, en ce qu'il avait mis en avant que le pape était infaillible, Sa Sainteté doit être instruite que cette bulle n'a point été reçue en France, qu'il a été au contraire rendu des arrêts au parlement de Paris contre cette bulle, lesquels ont été enregistrés à la faculté de théologie de Paris4. »
Un dominicain, du nom de Pierre Malagola et natif de Modène, glissa subrepticement dans ses thèses, à la fin d'octobre 1682, quatre lignes en petites lettres, disant que « le pape lie et délie tout sur la terre et dans le ciel, c'est-à-dire possède la plénitude des deux puissances, omnia liganti et solventi super terrain et in cœlis, id est, tenenti apicem utriusque potestatis ». Il avait dédié ses thèses à saint Pierre, vicaire de Dieu (Dei