Correspondance de Rome, t. CCCXXI, p
a été plus timide, c'est que les circonstances l'y ont forcé, et que l'on ne pouvait pas au xvne siècle ce qui est devenu possible au xixe. Mais, dans le fond, ces deux cœurs vibraieotde même, au souffle des mêmes passions et des mêmes intérêts. Nul n'a justifié plus qu'eux ces paroles du cardinal d'Estrées :
« L'infaillibilité du pape, son indépendance totale, et l'étendue de son pouvoir à tout ce qu'il jugera nécessaire au gouvernement de l'Eglise, sont, pour parler ainsi, la prunelle des yeux, non seulement de ceux qui composent la cour de Rome, mais de tous les Romains, prêtres, religieux, laïques, savants et ignorants. Il ne s'en trouve guère qui regardent ces choses comme de simples opinions, tant on s'est efforcé, depuis deux siècles, à les leur représenter comme des fondements sans lesquels il est impossible de pourvoir à la sûreté de la foi. Plus un homme romain est d'ailleurs homme de bien, plus il a d'ardeur à combattre tout ce qui peut le moins du monde donner atteinte ta cette autorité sans bornes. Il semble que tout se réduise là, et la prévention est telle que c'est beaucoup, pour quelques-uns, de croire qu'on peut se sauver sans renoncer à nos maximes, qu'ils regardent comme des erreurs sur lesquelles on dissimule, en attendant le temps favorable pour les proscrire. Si bien que le moindre pas qui se fait pour établir la doctrine de France, leur est sensible au dernier point et au-delà de tout ce qui peut s'imaginer. Le pape lui-même, quand il voudrait fermer les yeux, n'en est pas tout à fait le maître; il est intimidé par les siens et menacé de l'enfer, s'il ne s'élève pour venger la nouvelle injure faite au saint siège1. i>
Telle est la vraie prison dans laquelle le pape végète à a merci des siens, dont il devrait être le chef, dont il n'est, en réalité, que l'esclave.
Cette question sera complétée au chapitre suivant par d'autres documents, à propos des doctrines du Père Gabrielis.
1. Mémoire du cardinal d'Estrées, Bibl. nat. Paris, Mss. fr. 15727.