Ibid., t. CCCXXI, p
Après «avoir étudié l'intelligence et la volonté d'Innocent XI dans les principaux actes où elles se reflètent, il faut étudier son cœur et sa conscience ; ces dernières facultés concourent non moins que les premières dans la formation du caractère et dans la valeur de l'âme. Cette partie de notre étude est encore plus intéressante que les précédentes, étant donnée la réputation qui a été faite à Innocent XI au point de vue religieux, réputation qui contraste singulièrement avec la vérité.
Il est certain qu'Innocent XI défendit et protégea ses créatures et sa camarilla; malgré les attaques dont ils furent l'objet, Favoriti, Casoni, de Luca, Cybo, Ottoboni, Altieri et d'autres, trouvèrent constamment en lui, sauf à ses ». oments d'humeur et de colère, un soutien ferme. H faut lui reconnaître cette incontestable qualité. Mais était-ce cœur, ou était-ce tactique? était-ce affection ou besoin de discipline? A ne considérer que les larmes qui s'échappaient si facilement de ses yeux, on aurait pu croire qu'il était tendre de sa nature. Mais trop de faits démontrent que ce qui pleurait en lui, c'étaient les yeux, les glandes lacrymales, et non le cœur; son contemporain Lavardin a appelé ses larmes des larmes de crocodile. Citons quelques dépêches.
A peine fut-il élevé à la papauté, qu'il loua la piété de Louis XIV en pleurant de tendresse, du moins dans une conversation avec le duc d'Esirées1. Deux mois après, dans son mémoire du 30 décembre 1676, l'abbé de Servient remarqua que c'était un fait purement physique :
1. Le duc d'Estrées au roi, le 14 octobre 1(376 (Correspondance de Rome, t. GGXLVU, p. 217-221).
« Le pape, dit-il, pleure souvent par une humidité de cerveau, qui se soulage quelquefois sans motif étranger1. » En janvier 1080, le duc d'Estrées pressa le pape de faire la promotion des couronnes, et celui-ci lui répondit les larmes aux yeux , en protestant de son amitié pour Louis XIV, mais sans rien accorder2. En mai 1G83, à propos de Louis XIV et de l'évêque de Pamiers, il versa aussi d'abondantes larmes; le cardinal d'Estrées, qui les mentionne dans sa dépêche du 4 mai, dit que c'était « sa coutume3. » Au mois d'août de la même année, en apprenant la mort de la reine de France, il pleura encore4. Il pleura aussi, en parlant au duc d'Estrées de la maladie du dauphin3, en faisant visite au cardinal Cybo malade6, en s'entretenant avec l'ambassadeur d'Espagne qui lui promettait de dissimuler avec les Français pour le mieux servir7, en apprenant la mort du duc de Bavière8, en lisant une lettre qui lui fut adressée par Gerles9, en disant au duc d'Estrées que Dieu ne voulait peut-être pas détruire encore la puissance ottomane10, etc., etc. Il pleura, et de joie; en apprenant de l'abbé de Servient combien Louis XIV était zélé pour l'extirpation de l'hé-