‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 112 sur 473 · Ibid., t. CCCXX1I, p. il · texte numérisé non relu

Ibid., t. CCCXX1I, p. il

essai de canonisation populaire. La piquante critique des prétendus miracles de ce pape, envoyée de Rome à Paris le 22 août 1G89 par l'abbé Sanctis, enlève tout sérieux, comme nous l'avons vu, à la sainteté canoniale d'Innocent XI1.

Ne nous arrêtons pas à ces simples assertions du cardinal d'Estrées et de l'abbé Sanctis. Venons aux faits. En 1688, le cardinal de Furstemberg fut élu évêque de Cologne par la majorité des voix; le prince Clément de Bavière n'en obtint que neuf; or, uniquement pour faire pièce à la France, Innocent voulut tenir cette élection pour nulle et déclarer évêque de Cologne le prince Clément, enfant de quatorze ans, qui possédait déjà deux évêchés. Il mit dans cette affaire une incroyable passion et affecta un véritable mépris des canons ecclésiastiques. «Le pape, dit M. de Lavardin, voulant aider en tout ce qu'il peut le prince Clément, pour se maintenir, lui a accordé la jouissance des évêchés de Ratisbonne et de Fresinghen (sic), qu'il lui avait refusée jusqu'à présent2. » Innocent XI admettait qu'on pût vouloir être cardinal sans songer à être ecclésiastique; c'est l'abbé de Servient qui l'écrivit à Pomponne le 26 avril 1679, à l'occasion suivante : Le pape ayant un jour demandé au comte de Saint-Maurice si le prince Philippe de Savoie avait du goût pour l'Eglise, le comte répondit qu'il ne songeait pas à être ecclésiastique. Le pape néanmoins lui dit : « Ma* crede lei che ne meno volesse esser cardinale. » Le comte répliqua que ce prince lui avait dit plusieurs fois « qu'il aimerait mieux être un chien qu'un cardinal.» Cette réponse parut fâcher le pape3; mais il n'en reste pas moins vrai qu'il ne trouvait pas étrange, scandaleux, qu'on visât au cardinalat sans avoir aucune vocation ecclésiastique!

Innocent parut s'être proposé Pie V « pour modèle

1. Correspondance de Rome, t. CCCXXVI, suppl. de 1689,p.308-309. 1. Dépêche du 27 décembre 1688 (ibid., t. CCCXII, p. 275-294). 3. Ibid., t. CCLX, p. 167-169.

de ses actions extérieures1. » L'abbé de Servient qui mentionna ce fait le 11 mai 1678, remarqua, dans sa dépêche du 18, que Pie V avait été faux2. Etait-ce pour insinuer indirectement" ce qu'il pensait de la conscience d'Innocent? 11 est certain qu'Innocent XI affecta, entre autres choses, de vouloir le rétablissement de la paix en Europe et la guerre des princes chrétiens contre les Turcs, et que, dans le fond, il voulait la division d'autrui pour se grandir lui-même, et qu'il ne prétextait une guerre contre les Turcs que pour favoriser une coalition des princes chrétiens contre la France. Les dépêches démontrent ce point.

Innocent XI fut très superstitieux. — Par exemple, il ne différa sa première promotion de cardinaux que parce qu'il croyait que sa mort était liée à cette promotion, et voici pourquoi. « Sa Sainteté, écrivit le duc d'Estrées au roi, avait un frère bénédictin, évêque de Novare, que l'on prétend lui avoir dit deux choses, qu'il serait pape et qu'il mourrait incontinent après avoir fait la promotion. » Le duc ajouta que ce bruit venait de « fort bonne part » et était « bien fondé3.» — Le 26 mars 1680, le duc signala un autre fait. Racontant sa dernière audience : « Sa Sainteté, dit-il, me parla avec une grande hauteur des Espagnols, et elle me conta que, quelques avances que le roi catholique lui eût faites sur l'affaire entre le nonce et le tribunal de la fuerça, il ne les avait pas voulu recevoir; qu'il voulait absolument que le président fût châtié, et qu'il avait déclaré à M. l'ambassadeur d'Espagne et mandé la même chose à son nonce pour le dire, que, si l'on ne lui faisait raison, il se la ferait lui-même. Sa Sainteté attribua la mort de Don Juan, arrivée, à ce qu'il me dit, le même jour que l'on avait si maltraité le nonce, à un châtiment

1. L'abbé de Servient à M. de Pomponne, le 11 mai 1678 {Correspondance de Rome, t. CGLVI, p. 126-128). t.Ibid., p. 146-152.

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