Ibid., p
Il était tout à fait gagné à la théorie du doigt de Dieu, mais il ne le voyait, guère que dans les événements qui s'harmonisaient avec ses idées préconçues- Ainsi, la Sorbonne lui était odieuse, parce qu'elle avait enseigné des doctrines réputées hostiles à la cour de Rome; cela suffit pour qu'il cherchât à apercevoir le doigt de Dieu dirigé contre elle. «Le pape, écrivit le duc d'Estrés à Louis XIV, me parla du genre de mort du doyen de Sorbonne qui avait été brûlé, comme d'une punition de Dieu ; à quoi lui ayant répondu qu'un grand saint, qui était saint Siméon Stylite et qui avait été très longtemps debout sur une colonne, avait été tué d'un coup de tonnerre, il ne me répliqua autre chose sinon que Dieu savait bien pourquoi il avait traité un de ses bons serviteurs de cette manière1.» Le duc d'Estrées écrivit encore au roi, à la date du 5 mars 1686 : « Comme le pape ajoute aisément foi aux astrologues, aux révélations et à d'autres choses semblables qui la plupart du temps se trouvent sans fondement, il ne peut s'ôter de la tête la prédiction d'un nommé Argoli, célèbre mathématicien, qui avait dit qu'en l'année 1670 il pourrait être pape, comme l'on parlait de le faire et qu'apparemment il l'eût été sans l'opposition de la France, et qu'il régnerait seize ans, de sorte que cette année serait la dernière de son pontificat, dont l'on prétend qu'il est si fort frappé qu'il en est dans quelque embarras2. y>
Un des détails précédents a été confirmé ainsi par le cardinal d'Estrées, dans sa dépêche du 13 août 1686': « On m'a dit depuis quelques jours qu'un des principaux motifs du retardement de la promotion, vient d'une prédiction qu'un de ses frères à qui il avait résigné l'évêché de Novare, qui passait pour un saint et qui mourut longtemps avant son pontificat, lui avait faite : qu'il serait pape, qu'il ferait deux promotions, et qu'il mourrait incontinent après la seconde. Le cardinal Sacchetli m'a
1. Dépêche du 3 mars 1685 {Correspondance de Rome, t. CCXCV, p. 102-111.