Ibid., t. CCXCVII, p
trer pendant le carnaval dans la rue du cours, à quoi le marquis del Carpio remédia en leur permettant d'aller samedi dernier et hier dans la place devant son palais. Il y en avait une très grande quantité, et il s'y commit tant d'insolences et d'ordures, dont il était hier spectateur avec un évêque du royaume de Naples, qu'il en a été exactement blâmé. » On blâme le marquis et non l'évêque !
La haine était non moins vive que la luxure. Cette petite phrase d'une dépêche de Servient contient dans sa brièveté des indications malheureusement trop étendues : « De Luca et Lauria, celui-ci et Casanatta, de Luca et l'ambassadeur d'Espagne, de Luca et Spinola Sainte-Cécile, sont extrêmement brouillés les uns avec les autres1. »
On lit, dans une dépêche du cardinal d'Eslrées à Louis XIV, le 26 août 1684 : « Depuis qu'on a su la mort du chevalier Yalestein nommé par V empereur au cardinalat, et très désagréable au pape, parce que Sa Sainteté croyait sa faveur principalement fondée sur l'invention des ballets et des comédies, on raisonne sur les personnes qui pourraient recueillir cette nomination ; et les Autrichiens estiment que l'empereur la donnera plutôt à un prince de Neubourg qu'à l'évêque de Vienne ou qu'à l'archevêque de Slrigonie. L'évêque (de Vienne) n'a que soixante-six ans; mais il est tellement maltraité de la goutte, qu'il passe presque toute sa vie dans son lit ou snr une chaise. L'autre (l'archevêque de Strigonie) a plus de quatre-vingts ans, plus fameux dans son pays par le talent de boire que par des qualités propres à sa profession. On m'en a dit une particularité singulière dans sou âge, qu'après avoir beaucoup bu et s'être échauffé la tête dans cet exercice, il se met à la fenêtre et laisse neiger dessus pour se rafraîchir le sang. C'est un religieux de mérite et de qualité de ce pays-là, de qui j'ai su cette particularité. Cependant, à la faveur de sa censure, il es-
1. Dépêclm du 11 décembre 1681 (Correspondance de Rome, t. CCLXXVTI, p. 184-185).
pérait même le cardinalat sans nomination. On dit qu'il a entrepris une grande dépense pour rétablir les fortifications de Strigonie1. » Quelques jours auparavant, le 1 7 juillet, le cardinal d'Estrées avait déjà averti Louis XIV que l'évêque de Vienne, « élevé dans les capucins, non seulement abandonnait Vienne pendant le siège, mais n'y avait pas retourné depuis, dans son plus grand besoin, pour faire le ministre à la cour de Lintz et désennuyer l'empereur par sa conversation2. » Cet évêquede Vienne et de Neustadt était le comte de Golonitz; il avait combattu en soldat dans Candie; et, d'après certains historiens, il aurait concouru à la défense de Vienne, en 1683, par sa parole et sa charité ; il se serait enfermé dans la ville, et y aurait trouvé trois cent mille thalers, dontStahremberg avait besoin, en vendant son argenterie pour compléter ce secours3. On voit que cette dernière version ne concorde guère avec celle du cardinal d'Estrées. Quoiqu'il en soit, il fut créé cardinal par Innocent XI, le 2 septembre 1686. M. de Salvandy, qui lui est favorable, a cependant été contraint de l'accuser d'ingratitude envers Jean Sobieski, le véritable libérateur de Vienne. « On regrette, dit-il, d'avoir à dire que l'évêque de Neustadt et de Vienne s'associa aux procédés de son gouvernement. Jean Sobieski ne vit Colonitz ni à l'autel, ni chez Stahremberg, ni dans sa tente. Lui-même raconte doucement la spirituelle vengeance qu'il tira de cet oubli de toutes les convenances et de tous les services. Il écrivit au prélat que, n'ayant pas eu le plaisir de le voir, et prêt à quitter son diocèse, il prenait le parti de lui adresser par lettres ses félicitations du succès des armes chrétiennes et du rétablissement de monseigneur dans son évêché. Colonitz ,.. laissa la lettre royale sans réponse4. »