CHAPITRE VII
Innocent xi et les couvents de rome. — Mœurs monacales et prétendues réformes papales
Les dépêches diplomatiques ne mentionnent aucun acte vertueux quelque peu saillant, dans les couvents de Rome, et elles contiennent, au contraire, de nombreux scandales; les moines dont elles parlent, sont presque tous répréhensibles, déloyaux, traîtres, vicieux. Les Pères Recanati, Fabri, Cloche, sont, avec quelques autres, les seuls pour qui l'on professe une certaine estime. Le Père Fabri était un jésuite, ami du Père deLachaise;le Père Àntonin Cloche était un dominicain, hostile à l'esprit ultramontain; le Père Recanati, ou Bonaventure, de Recanati, était un capucin d'une assez grande influence. Ce dernier avait joué un rôle presque décisif, dans le conclave de 1676, en faveur de l'élection d'Innocent XI; il avait soixanîe-dixou soixanteet-onze ans en 1684; le cardinal d'Estrées le comptait alors parmi les sujets papables et le croyait bien disposé en faveurdes affaires de France 1; il avait été qualificateur du saint office, et il jouissait d'une certaine célébrité, comme prédicateur apostolique; il se renfermait dans les affaires de s areligion ; n'entrant point dans celles de l'Etat, il ne se
1 . Le cardinal d'Estrées au roi, le U mars 1081 (Correspondance de Rome, t. CCLXXXIX, p. 389-422).
23i LOUIS XIV ET INNOCENT XI.
piquait pas d'être un homme politique et se distinguait, sous ce rapport, de la plupart des religieux italiens; bon plus que sévère, il était ennemi du trouble et des nouveautés; le pape, paraît-il, ne le traitait pas aussi bien qu'il - le méritait1, et le public de Rome fut choqué de ne pas le voir nommé cardinal dans la promotion de 1686 *.
Les cardinaux Lauria,et Capizucchi, qui avaient appartenu, celui-là à l'ordre des fransciscains, celui-ci à l'ordre des dominicains, ne se conduisaient pas de manière à donner une haute idée de l'humilité et du désintéressement des ordres religieux. Les aventures du vieux compagnon du cardinal Lauria finirent même par lui attirer une expulsion de Rome. Voici d'autres détails empruntés exclusivement aux dépêches diplomatiques.
Pomponne écrivit de Saint-Germain au cardinal d'Estrées, le 28 février 1676 : « Vous savez que l'ambition et la discorde ne sont jamais plus vives que chez les moines3. » Le faux mysticisme étant la corruption d'une excellente chose, les moines, une fois dévoyés, se livraient à des désordres nuisibles non seulement aux individus qui les commettaient, mais encore à la société, à la patrie, à la religion, à la morale. Les uns trahissaient leur pays, d'autres profanaient ce qu'il y avait de plus saint et violaient l'honneur sous toutes ses formes. On lit, par exemple, dans une lettre du duc d'Estrées à Pomponne en date du 19 septembre 1678 : « M. le cardinal Cybo me dit hier en très grande confiance qu'il n'y avait rien de plus certain que le dessein de M. le duc de Modène sur Ferrare, et que l'on avait découvert que c'était un capucin qui le conduisait et qui, par le moyen de six pistoles que l'on avait données à un homme d'intelligence avec lui,
1 . Le cardinal d'Estrées, Mémoire sur les sujets papales, le 1 4 juillet 1684. (Correspondance de Rome, t. CCXC, p. 155 et suiv.).
2. Le cardinal d'Estrées au' roi, le 5 septembre 1686 (ibid., t. CCC.p. 238-284).