‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 194 sur 473 · Correspondance de Rome, t. CCLXXXII, p · texte numérisé non relu

Correspondance de Rome, t. CCLXXXII, p

2. Le cardinal d'Estrées au roi, le 18 novembre 1687 (ibid., t. CGCVI, p. 01-86).

depuis 1G55 que comme l'effet du dessein que les papes font paraître en toute occasion d'avoir à Rome, autant qu'ils le peuvent, les généraux de tous les ordres, afin de les tenir dans une dépendance encore plus grande de leurs volontés, et de répandre par ces canaux leurs ordres et leurs sentiments parmi tous les religieux qui en dépendent dans les différents lieux de la chrétienté où ils sont établis... On est encore obligé de remarquer une entreprise que la cour de Rome a faite dans ce siècle sur les droits des généraux de cet ordre, ou une grande faute qu'ils ont faite eux-mêmes, s'ils y ont donné lieu, en allant demander ou recevant la confirmation des papes après leur élection. Clément IV avait approuvé en 1269 la règle qui les en dispense expressément. Aussi Robert Guaguin, qui a été général de cet ordre, remarque, dans la cbronique qu'il en a faite, que le pape ayant nommé en 1404 un religieux nommé Etienne pour général, le roi, nonobstant l'état où était le royaume, lui défendit d'en faire aucune fonction, et l'on en élut un autre en sa place1. »

En mars 1676, le cardinal Garpegna, comme cardinal vicaire, ayant voulu visiter au nom du pape l'abbaye de Saint-Antoine, l'ambassadeur de France s'y opposa, parce que, de telles visites n'ayant lieu que lorsqu'il y avait de grands désordres à corriger, cette abbaye eût été par le fait déshonorée, d'autant plus qu'il ne s'agissait, dans le cas présent, que d'une dispute entre deux religieux, relativement au sous-priorat en l'absence du supérieur, qui était en France pour le chapitre général. C'était donc un empiétement de la part du pape, qui voulait se rendre complètement maître de cette abbaye. L'abbé de Bourlemont en écrivit à M8r (de Pomponne) le 24 mars, l'engagea à arrêter ces tendances de Rome, et par conséquent à empêcher cette visite, tout en reconnaissant cependant en principe la juridiction du pape sur l'abbaye2. L'abbé

1 . Correspondance deRome,t. CCCXVII, suppl., de 1688, p. 62-67. 1 Jbid.y t. CCX.LIII, p. 126-127.

d'Hervault se fit l'écho des mêmes plaintes et des mêmesavertissements que l'abbé de Bourlemont; le 8 janvier 1688, il écrivit à Msr (de Croissy) : « Les Pères de Saint-Antoine se plaignent que, nonobstant plusieurs bulles qu'ils ont et qui paraissent, à ce qu'ils disent, lier les papes à l'égard de nos rois, ils ont usurpé la nomination de plus de trente de leurs abbayes depuis environ cent ans. Gela paraît valoir la peine d'être examiné et de s'en plaindre à Rome, quand on le retrouvera à propos1. »

Il en était de même pour les religieux de Saint-François. Pomponne envoya de Saint-Germain au cardinal d'Estrées le 31 janvier 1676 un mémoire, dans lequel ces religieux se plaignaient de ce que leurs frères espagnols et italiens excluaient presque toujours les Français des charges de l'ordre 2. Ce mémoire fit probablement quelque sensation à Rome; car, le Père Samaniego, Espagnol, ayant été élu général des cordeliers, donna à entendre au duc d'Estrées que, tout en voulant garder les définiteurs nommés par le chapitre, il était disposé à nommer un commissaire général pour la France, et au choix de Sa Majesté. Toutefois le duc, dans sa lettre du 26 mai, ne voulut pas s'en porter garant, et il laissa au roi le soin d'examiner si ce n'était pas l'occasion d'attaquer la coutume qu'on avait de ne nommer des généraux de l'ordre de Saint-François que parmi les Espagnols3. En 1678, Louis XIV donna ordre aux capucins français de demander l'égalité des voix pour les provinces, dans le chapitre général qui devait avoir lieu à Rome le 27 mai de cette même année. Innocent XI n'en fit rien, et, sous prétexte de divisions qui existaient parmi les supérieurs, il commanda aux membres du chapitre d'élire pour général et pour procureur général deux des cinq Pères italiens qu'il désigna dans un bref. Vingt

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