Ibid., p
Louis XIV écrivit de Versailles au duc d'Estrées qu'il lui laissait la liberté de faire tomber sur le Père Cloche la charge de vicaire ou celle de procureur général1. Mais il paraîtrait que le Père Guzman s'était trop avancé et le général trop peu. Ici la main du pape commence à se dessiner et à se laisser voir dans l'ombre. Le Père Monroy en effet désavoua les promesses faites au duc d'Estrées par le Père Guzman touchant la nomination d'un vicaire général; le duc froissé répondit qu'il fallait qu'elles fussent exécutées, et le cardinal Cibo promit d'y veiller. Mais les promesses de Cibo ne tiraient pas à conséquence. D'après une lettre du duc d'Estrées à Pomponne, le Père Guzman était livré au cardinal Altieri, qui, comme protecteur de l'ordre, en avait vendu antérieurement les charges, et Guzman avait même dénoncé ce trafic; le général, homme timide, s'était aussi livré à ce même cardinal, afin d'éviter ses chicanes; en sorte que c'était Altieri qui était maître de la situation, ce même Altieri qui avait « reçu 2000 livres pour faire un provincial en Portugal2, » et qui était à la fois l'ennemi déclaré de Louis XIV et l'ami secret d'Innocent XI. Pomponne sentit aussi l'offense, et le 42 novembre il écrivit de Versailles au duc d'Estrées : « Le manquement du général des dominicains à la parole qu'il vous avait donnée mérite le ressentiment que vous lui avez témoigné. Aussi ne peut-on douter que vous n'en receviez une telle satisfaction que vous ayez sujet de vous en contenter3. y>
Le 14 décembre, le duc d'Estrées écrivit au roi qu'il s'était entretenu avec le pape de l'indigne conduite du général des dominicains, et que le pape avait blâmé ce général d'avoir offert le choix entre deux charges dont il ne pouvait pas disposer. « Jl me parut, ajouta-t-il, que Sa Sainteté fit beaucoup de réflexion sur ce que je lui