‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 2 sur 473 · T. III, p. 356, Paris, Didier, 4= édit · texte numérisé non relu

T. III, p. 356, Paris, Didier, 4= édit

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la justice, ne sacrifiant que rarement et peu de chose à la charité; on écrit avec une plume impitoyable, appelant les choses par leurs noms et dessinant les physionomies d'après la manière idéaliste. Les mémoires du cardinal d'Estrées sur les sujets papables sont encore quelque peu léchés, mais les peintures de Servient et de Lavardin sont d'une fidélité brutale. David d'Angers, dans sa passion pour les profils, écrivait : « Je deviens indulgent pour cette pauvre carcasse humaine, esclave des moindres accidents de l'atmosphère ou des piqûres de la civilisation. Je ne vois que le génie; c'est devant lui que je m'incline; car il est immortel : la carcasse disparaîtra bientôt, pour toujours. » Malheureusement le génie manquait dans la curie romaine, sauf le génie de l'intrigue et de la ruse, et les correspondants de Louis XIV n'avaient ni lieu de s'incliner ni lieu d'être indulgents; ils ont fait peu de cas de la carcasse, mais ils ont enregistré pour la postérité l'esprit et les mœurs de la papauté, et ils ont dessiné ainsi une galerie de personnages, dignes de figurer, sinon dans les grandes loges du Vatican, du moins dans les petites. Ni le moraliste ni l'historien ne sauraient y être indifférents.

En outre, l'histoire se répète souvent, et c'est par là surtout qu'elle est utile. Malgré les différences qui existent entre le dix-septième et le dix-neuvième siècle, certaines questions agitées dans celui-là le sont encore dans celui-ci; les formes sous lesquelles ces questions se présentent aujourd'hui ne sont plus les mêmes qu'il y a deux cents ans, mais le fond reste identique à lui-même. C'est ainsi que l'assemblée de 1682 n'est pas encore terminée, que les quatre articles ont encore de l'actualité, et que les principes discutés dans l'affaire de la régale et dans celle des droits des ambassadeurs à Rome méritent encore aujourd'hui d'être pris en considération. Nous appelons pré-

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sentement question romaine et kulturkampfce qu'au dixseptième siècle on appelait simplement à Paris les affaires de Rome et à Rome les affaires de France. Ces affaires sont-elles résolues dans le fond? Non. La lutte a changé de noms et de formes, mais elle reste. Le spectacle des fautes commises alors ne peut être qu'utile aux combattants d'aujourd'hui. A eux de comprendre.

Dans les dépêches diplomatiques dont il s'agit se trouvent, pour ainsi dire, les discussions des conseils de guerre, les études stratégiques des ministres de Louis XIV, les récits des mouvements tournants de la papauté, l'exposé des fausses démarches des deux partis, les mots d'ordre de Sa Majesté contre les mots d'ordre de Sa Sainteté, les duperies des uns par les autres et réciproquement. Cette étude représente donc sous son vrai jour la politique et les visées du saint siège, non moins que la morale et l'administration ecclésiastique de la curie romaine, et elle apprend aux hommes d'intelligence et de bonne foi ce à quoi les États, les peuples et les Églises particulières doivent s'attendre, dans tous les siècles, de la part de l'incorrigible papauté. D'elle aussi on peut dire déjà ce qui a été dit de l'ordre religieux auquel elle s'est inféodée, ou plutôt identifiée : situt est aut non sit.

Les faits sont tellement clairs, les coulisses de l'histoire tellement ouvertes, les jugements tellement nets dans tout le cours de ces dépêches, que je n'ai point de conclusions à offrir au lecteur. Il les tirera lui-même, parce qu'elles débordent de tout l'ouvrage et qu'elles éclatent à tous les yeux perspicaces. Plusieurs fois j'aurais désiré pousser la charité jusqu'à supprimer ou voiler certains textes des dépêches; mais l'historien n'a pas le droit d'altérer les documents authentiques de l'histoire, et d'ailleurs le lecteur papiste devra remarquer que tous ces documents émanent de plumes papistes, et que beaucoup même ont

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