INTRODUCTION. XIX
été rédigés par des cardinaux et des prêtres, tous attachés au saint siège et plusieurs fonctionnant dans la curie. Il ne saurait donc les suspecter, même lorsque ces cardinaux et ces prêtres représentent cette curie comme un foyer de passions, de jalousies, d'ambitions, d'intrigues, de scandales, d'homicides à coups de langue, de mensonges éhontés, etc. Le lecteur, quel qu'il soit, ne saurait qu'être navré, en voyant qu'un tel foyer est encore appelé par un nombre considérable de chrétiens le saint siège et le centre de l'Église de Dieu!
Cette publication ne grandit non plus ni le grand roi ni le grand pape. Innocent XI y perd de son prestige plus encore que Louis XIV. Déjà le 30 octobre 1682, Bossuet lui-même, malgré sa modération, écrivait à l'abbé de Rancé : « Les affaires de l'Église vont très mal. Le pape nous menace ouvertement de constitutions foudroyantes et même, à ce qu'on dit, de formulaires nouveaux. Une bonne intention avec peu de lumières, c'est un grand mal dans de si hautes places*. » Que n'eût pas écrit Bossuet, si, renseigné par tous ces documents, il eût pu se convaincre des funestes intentions de ce pape? Lessing a dit : « Il y a des hommes célèbres et il y en a qui méritent de l'être. » Jusqu'à présent Innocent XI a été généralement considéré comme étant de cette deuxième catégorie, mais désormais il ne sera plus que de la première.
L'herbe pousse en cachant la colonne abattue, Et l'échafaud se dresse où planait la statue.
Cet ouvrage comprendra quatre parties, chacune formant un volume. La première sera consacrée à peindre Innocent XI, sa curie, les intrigues de sa camarilla et les mœurs de la ville sainte pendant son pontificat. La