‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 207 sur 473 · Ibicl., p · texte numérisé non relu

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:i. Ibid., p. 433.

Père Charles de Saint-Bruno était « un traître, infidèle à son roi, téméraire et effronté de s'être fait élire contre la volonté de Sa Majesté, » ajoutant que, s'il ne donnaipas sa démission, c'est que Sa Sainteté paraissait ne pas l'y engager. « Sa Sainteté, dit le duc, fut embarrassée et ne me dit rien, ni pour ni contre... La reine de Suède, le cardinal Pio et les Espagnols n'ont rien oublié pour aider et soutenir le Père Charles1. » Donc c'était encore un coup monté contre les intérêts français par la cabale espagnole du palais.

Il est clair que le pape ne pouvait qu'y applaudir secrè tement. Cependant, d'après le cardinal d'Eslrées plus ou moins bien renseigné, le pape aurai! tout d'abord incliné à la démission du Père Charles, et il aurait accusé l'ex-général et le Père Dominique d'avoir fait cette entrave pour prolonger leur gouvernement. D'après Servient, le pape aurait dit à Casoni « qu'il fallait accommoder cette affaire ou par la renonciation volontaire du général, ou par un vicaire général pour la France pendant les trois années du généralat de ce Père. » Mais « Casoni en fut épouvanté, » et, de concert avec Azzolini, il représenta au pape que les Français voulaient un vicaire perpétuel, que ce serait la ruine de cet ordre et des autres, que la renonciation du général paraîtrait un acte de faiblesse devant le roi, et que le roi en profiterait pour faire éclater sa puissance temporelle dans d'autres affaires ecclésiastiques2. Le pape se rangea alors à l'avis de Casoni. Le cardinal Altieri, de son côté, fit dire au cardinal d'Estrées, mais secrètement, que toute la faute en était au pape, dont le fond était gâté et mauvais ; que le pape, en effet, malgré le mémoire qu'on lui avait remis sur la nullité de l'élection, refusait de donner l'ordre nécessaire pour que lui,

1. Correspondance de Rome, t. CCLXXXVI1, p. 358-382; le duc d'Estrées au roi, le 18 mai 1683.

2. Servient à Croissy, le 18 mai 1683 {ibid., t. CCLXXXVI, p. 103-106).

Altieri, cardinal prolecteur, pût suspendre le chapitre; et que dès lors tout était entravé. En conséquence, le cardinal d'Estrées engagea Louis XIV, le 18 mai, « à faire régler quelque chose sur le gouvernement des couvents de France par le conseil ou par le parlement1. » Le 25, ce même cardinal mentionna que celui de tous les Pères qui avait le plus mal agi dans celte élection, était « le Père Bernardin des Anges, provincial de Paris, qui non seulement avait cabale dans sa province, mais avait donné l'assurance aux autres de se départir de leur devoir, en leur promettant que le Père César ferait tout agréer. » Le cardinal d'Estrées insista de nouveau sur la nécessité « de maintenir à l'avenir les couvents de France dans l'indépendance entière d'un général étranger, » et cela pour toujours et pour tous les ordres du royaume. Il voulait donc des supérieurs généraux nationaux indépendants des supérieurs de Rome, afin de détacher les religieux français « des commerces étrangers. » Il voyait de grands avantages dans cette mesure, et il envoya sur ce point un mémoire spécial avec cette dépêche du 25; il est dit expressément dans ce mémoire que les ordres religieux dépendent à la fois des généraux et surtout des cardinaux protecteurs, et que, d'autre part, les généraux et les cardinaux protecteurs dépendent entièrement du pape, « ces protections étant toujours aiîectées aux cardinaux les plus dévoués au pape, et le plus souvent à leurs neveux et à leurs parents, et jamais aux étrangers"2. » Il était donc bien facile de suivre la trame des intrigues, soit dans les élections des supérieurs généraux, soit dans le choix des cardinaux protecteurs; et c'est ainsi que les couvents étaient à la merci de la curie et du pape, obligés de servir Rome et la papauté avant leur pays, souvent même contre les intérêts manifestes de leur pays. Le duc d'Estrées eut encore une audience du pape le

1. Correspondance de Home, t. CCLXXXV, p. 438-445. «. Ibid., p. 450-459, 460-4G2.

23 mai, et il lui remit un mémoire sur l'élection du Père Charles. Il lui dit en même temps que Sa Sainteté, après avoir accepté l'appel qui lui avait été adressé contre cette élection nulle, avait renvoyé cet appel à la congrégation des évoques et réguliers, et que par conséquent les choses devaient en rester là jusqu'à la décision de cette congrégation sur la nullité ou la validité. Sa Sainteté lui répondit : Non l'habbiamo acceptata. Le duc « répliqua que, si Sa Sainteté ne trouvait pas propre ce terme d'acceptée, elle ne pouvait du moins disconvenir qu'elle ne l'eût reçue. Sur quoi elle ne répondit rien. » Le duc ajouta que le Père Charles avait convoqué le samedi précédent un chapitre et fait acte de général, et que Sa Sainteté ne pouvait pas ne pas punir une telle audace. Le pape répondit simplement que la congrégation jugerait. Le duc lui reprocha alors de s'être laissé surprendre par les <c pernicieux conseils » qui lui avaient été donnés touchant les affaires de France; il lui demanda, pour donner satisfaction au roi, ou bien de nommer par un bref un général avec les cinq premiers officiers en ne les choisissant ni parmi les Français ni parmi les Espagnols, ou bien de nommer un vicaire général spécial pour les Français. Le pape se borna à dire : Faremo justicia. Le duc alors impatient répliqua qu'on pourrait croire que Sa Sainteté refusait de donner satisfaction à Sa Majesté dans une affaire aussi minime, dans laquelle il y avait cabale évidente de la reine de Suède et des Espagnols. « Sa Sainteté, dit le duc, s'échauffa fort sur cela, et me dit que Votre Majesté ne m'avait pas ordonné de parler ainsi. » Enfin le duc sortit de cette audience avec peu de satisfaction1. A propos de cette audience, Servient écrivit à Croissy le 1er juin 1683 : « Sa Béatitude a raconté à Casoni que M. l'ambassadeur, en traitant cette matière (l'affaire du Père Charles) et lui ayant dit hardiment dans la dernière audience qu'on l'accuserait d'avoir plus de

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