‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 221 sur 473 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Père Fabri en disait beaucoup de bien1. Le 11 février 1682, le duc écrivit à Louis XIV : « Votre Majesté aura été informée que le marquis del Garpio s'est mis une nouvelle fantaisie dans la tète, aussi peu fondée que les autres. Au moins l'on m'a dit que le Père des Noyelles, jésuite, vicaire général de la Compagnie, avait écrit au Père de la Chaise, pour le prier d'informer Votre Majesté que cet ambassadeur d'Espagne lui avait fait faire de grandes menaces, s* il me visitait le premier, et en suite pour recevoir les ordres de Votre Majesté. II est certain que les cardinaux de la faction d'Espagne et même les Espagnols, les prélats et généraux d'ordre sont obligés de visiter les ambassadeurs de Votre Majesté avant ceux du roi catholique, et il y a peu que j'informai Votre Majesté de ce qui était arrivé au cardinal Savelli (?), oncle de celui-ci, pour n'avoir pas vu M. de Fontenay (?) le premier. » Le 10 avril : « Le Père Fabri, jésuite, a dit ces jours-ci de ma part au vicaire général de sa compagnie, selon que je l'avais désiré, que j'étais fort surpris et mal satisfait qu'il n'eût pas encore rendu son devoir à celui qui a V honneur de représenter Votre Majesté; que, pour faire la chose avec plus de douceur et avec moins d'éclat, j'avais voulu me servir du canal du Père Fabri avant que de lui faire parler par un gentilhomme d'une manière qui assuré/nent ne lui serait pas agréable. Le vicaire général a témoigné beaucoup d'envie de s'acquitter de ce qu'il doit à l'ambassadeur de Votre Majesté, et qu'il l'aurait déjà fait nonobstant les menaces de celui d'Espagne, si le pape ne Ven avait empêché, en lui disant il n'y a pas longtemps : Differite, sara presto mutatione. Je me plaindrai à Sa Sainteté comme je le dois, à l'audience que je dois prendre, d'avoir parlé de cette manière, et je la supplierai de vouloir rétracter l'ordre qu'elle a donné. »

Servient, dans son mémoire du 7 mai 1682, l'accusa

1. Correspondance de Home, t. CCLXXII, p. 390-409. e. îïichacd. i. — 18

d'avoir dit « plusieurs choses qui n'avaient aucun fondement, » et le suspecta d'avoir dénaturé le sens de deux lettres contradictoires du Père de la Chaise1.

Le duc d'Estrées continua à dépeindre ainsi le caractère louvoyant et faux du Père de Noyelle. Dans sa dépêche du 30 avril, il dit : « Sur quelques avis que j'ai reçus que V ambassadeur d'Espagne s'était déclaré de n'avoir point fait menacer le Père dm Noyers, vicaire général des jésuites, s'il me visitait le premier, et qu'au contraire un Père espagnol lui ayant témoigné, de la part de l'assistant d'Espagne, que le Père des Noyers se trouvait bien embarrassé sur les visites qu'il avait y. rendre aux ambassadeurs, il avait répondu que ce que ferait un religieux ne tirait à aucune conséquence, j'ai fait parler au Père des Noyers par le Père Fabri, et témoigner que j'étais surpris qu'il se fût servi d'un tel prétexte pour ne rendre pas à l'ambassadeur de Votre Majesté ce qu'il lui devait; il a continué de soutenir, mais plus faiblement que les autres fois, ce qu'il avait dit touchant les menaces du marquis del Garpio et du vice-roi de Naples en cas qu'il me visitât le premier. A quoi il a ajouté que le pape lui avait encore dit depuis peu de jours, sur la permission qu'il demandait à Sa Sainteté de me voir : Differite, differite, differite. J'avais dit au Père Fabri que je serais bien aise d'avoir par écrit la réponse qu'il lui ferait, mais il s'en est défendu, ce qui pourrait donner lieu de croire que son procédé ne serait pas tout à fait sincère et qu'il ne serait peut-être pas bon pour le service de Votre Majesté qu'il, fût général. La congrégation générale ne se devant tenir que le vingtième jour, je pourrais recevoir avant ce temps-là les ordres de Votre Majesté, si elle jugeait m'en devoir donner. »

Racontant au roi son audience du 1er mai 1682, le duc lui écrivit : ce Je me suis plaint au pape de ce qu'il avait empêché jusqu'à cette heure le Père des Noyers, vicaire

1. Correspondance de Rome, t. CCLXXX, suppl. de 1682, p. 339-342.

général des jésuites, de rendre à l'ambassadeur de Votre Majesté ce qu'il lui devait, et j'ai dit à Sa Sainteté les propres paroles dont ce Père m'avait informé qu'elle s* était servie en lui disant dans deux audiences : Bifferite, sara presto qualche mutatione, et dans la dernière ce que je mandai hier à Votre Majesté : Differite, differite, differite. Elle m'a dit qu'il était vrai que ce Père l'avait vue trois fois, mais qu'elle ne lui avait jamais parlé de celte manière, et elle me l'a assuré avec beaucoup de force et beaucoup de colère, qu'ont m'eût donné sans fondement ce sujet de me plaindre d'elle. Je lui ai dit que Sa Sainteté étant la bouche de la vérité, je la croyais comme un oracle, mais qu'il fallait que le Père des Noyers fût un méchant homme de supposer un tel discours. J'ai dit à Sa Sainteté que je ferais savoir à ce Père ce que Sa Sainteté m'avait répondu, comme je n'y manquerai pas en y envoyant un gentilhomme. J'ajouterai à ce qu'il y a dans ma dépêche d'hier touchant son élection, que j'ai songé depuis qu'on la pourrait empêcher par un ordre que Votre Majesté m'enverrait pour les provinciaux français, de déclarer aux autres vocaux ses sujets que Votre Majesté ne souhaiterait point que le Père des Noyers fut général. Si une telle déclaration pour un cardinal papable l'empêcherait de parvenir au pontificat, il y a de l'apparence qu'elle ferait le même effet en la personne du Père des Noyers. » Suit un post-scriptum daté du lendemain 2 mai, où il est dit : « J'ai envoyé aujourd'hui un gentilhomme au Père des Noyers pour lui dire ce qui s'était passé entre le pape et moi sur son sujet, et qu'ajoutant une entière créance à ce que Sa Sainteté m'avait fait l'honneur de me dire, j'étais surpris qu'il eut supposé qu'elle eût parlé autrement pour s'exempter de rendre à l'ambassadeur de Votre Majesté ce qu'il lui devait, et pour essayer de faire croire que j'avais lieu de me plaindre de Sa Sainteté. Ce Père a répondu qu'il ne s'était pas réglé avec le conseil ni par l'ordre du pape, mais que Sa Sainteté n'avait pas désap-

prouvé sa conduite, qu'il avait suivi seulement les conseils des cardinaux Rospigliosi et Pio, et qu'ayant écrit au Père de la Chaise dans le commencement de la mort du Père Oliva, la réponse qu'il avait eue avait été qu'il pouvait différer quelque temps à me faire sa visite, mais il y a plus de six mois que le Père Oliva est mort, et je suis persuadé que ce n'a pas été l'intention de Votre Majesté qu'il laissât passer un si long temps. Quant à l'autorité qu'il a apportée des deux cardinaux, il aurait pu se passer de celle du cardinal Pio, qui fait les affaires de l'empereur et est fort attaché à l'Espagne... L'on m'a donné aujourd'hui quelques avis qui viennent de bon lieu, que le Père des Noyers est un grand espagnol et intimement lié avec le cardinal Pio et avec le prélat Emerix, auditeur de rote allemand, qui est aussi grand espagnol, ce qui me fait prendre la liberté de répéter à Votre Majesté par le zèle que j'ai pour son service, que, si elle jugeait à propos de donner ses ordres aux provinciaux français pour déclarer aux autres vocaux sujets de Votre Majesté qu'elle ne souhaiterait pas que le Père des Noyers fût général, il y a apparence que cette déclaration l'empêchât de l'être, et que les Italiens qui souffriraient impatiemment qu'il y en eût un qui ne fût pas de leur nation, s'en serviraient pour l'exclure. Je suis, etc.. »

Donc il est évident que le Père de Noyelle n'a pas soutenu auprès du gentilhomme du duc d'Estrées l'assertion qu'il avait émise devant le Père Fabri; et que le duc d'Estrées faisait alors effort pour l'écarter du génêralat. Malheureusement Louis XIV, trompé sur ce point par le Père de la Chaise, faiblit, et le Père de Noyelle triompha; de sorte que Louis XIV aida ses propres adversaires à l'emporter sur ses défenseurs et sur luimême. Sa lettre au duc d'Estrées datée de Versailles le 22 mai, est formelle sur ce point : « Quoique la conduite, dit-il, que le Père Desnoyelles a tenue envers vous soit en quelque façon blâmable, néanmoins la déférence qu'il aura été obligé d'avoir auprès le pape selon toutes les

apparences, lui aura fait connaître de ses intentions, et d'ailleurs les assurances que j'ai (raturé : qui me sont données par le Père La Chaise) qu'aussitôt que le général sera élu, il vous rendra la première visite sans aucun retardement, vous doivent empêcher de relever davantage ce manquement du dit Père de Noyelle, et je ne juge pas aussi à propos de contraindre, en quelque manière que ce soit, l'entière liberté que j'ai toujours laissée aux jésuites dans l'élection de leur général. »

Servient pensa comme le duc d'Estrées; le 14 mai, il écrivit à de Croissy, pour que le roi, qui avait « tant d'affection pour la compagnie de Jésus, d'ailleurs si considérable et si utile, » fît déclarer que, si le vicaire gêné* rai actuel, qui était Flamand, Espagnol, ennemi de la France, était élu général, il ne serait pas reconnu comme tel dans l'étendue des terres de Sa Majesté1. Il n'en fut rien, comme il vient d'être dit. Le 7 juillet 1682, le Père de Noyelle fut élu général. Le lendemain 8, le duc d'Estrées le manda au roi, et ajouta que ce général lui avait fait dire par le Père Fabri qu'il viendrait bientôt le visiter. Un bruit courut que les électeurs français avaient voulu l'exclure comme trop lié avec le cardinal Pio et trop attaché à l'Espagne ; mais le duc ne croyait pas à ce bruit. Le 13, de Noyelle fit visite non pas au duc, mais au cardinal d'Estrées, qui en envoya un compte-rendu au roi le 15. Il est dit dans ce compte-rendu que le cardinal reçut poliment le général et lui parla de la visite qu'il devait faire à l'ambassadeur de France; que le général lui répondit qu'il la ferait plus tard ; que le cardinal prenant cette réponse pour une insulte, lui répliqua que, s'il avait connu ses sentiments, il ne l'aurait pas reçu, et qu'il ne voulait avoir aucun commerce avec lui tant qu'il ne se serait pas acquitté de ce devoir. « C'est un homme, ajoute le cardinal, qui dépend entièrement du cardinal Pio, parce qu'étant assistant d'Allemagne il ne

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