Ibid., t. CCCI, p
3. Le duc d'Estrées au roi, le 14 décembre 1686 (ibid., CCCII, p. 136-140).
cTEstrées manda au roi, le 1er juillet 1G8?, qu'on élirait un général dimanche prochain, et qu'il avait exhorté ious les électeurs sujets de Sa Majesté à rester unis et à faire un bon choix1. D'après une dépêche du même cardinal, du 8 du même mois, les jésuites français donnèrent leurs voix au Père Fontaine, assistant de France, et cela, dans les trois scrutins qui eurent lieu; mais cela ne suffit pas. Les trois religieux députés de la province gallo-belge ne voulurent pas voter avec ceux des provinces de France, bien que sujels du roi de France et malgré les avis du cardinal. Les jésuites français, redoutant l'élection d'un Italien, se refusèrent à prendre des mesures avec les Italiens et en écrivirent au Père de la Chaise. On a dit que le pape avait l'intention de réduire à six ans la durée du généralat, si le choix ne lui était pas agréable; mais comme il est enchanté de l'élu, le Père Tirso Gonzalès, qui est sujet du roi d'Espagne et qui a été quinze ans missionnaire en Afrique, il laissera les choses en l'état. « On croit ce nouveau général, dit le cardinal d'Estrées, savant en théologie, mais sans connaissance des affaires du monde, non plus que de celles de sa compagnie. » Il a visité ce cardinal et lui a parlé comme un Français de Louis XIV et surtout de l'extirpation de l'hérésie.
Le Père Gonzalès était donc imbu des idées espagnoles; il était aimé du pape, et il applaudissait à l'extirpation de l'hérésie, approuvant ainsi, à l'exemple de son prédécesseur, la révocation de l'édit de Nantes. Tels sont les premiers traits que les dépêches diplomatiques donnent de sa physionomie; les suivantes préciseront davantage et nous montreront clairement en lui un ennemi,
1 Correspondance de Rome, t. CCC1V. p. 250-2G6.
e miciiaid. i. — 19
plus ardent encore que le Père de Noyelle, de la France et des doctrines gallicanes.
Gomme les électeurs de la province gallo-belge s'étaient, dans l'élection, séparés des autres électeurs français, et comme ils avaient ainsi empêché l'élection d'un jésuite modéré, Louis XIV voulut se prémunir contre eux en étendant ses droits royaux sur eux.« J'ai fort pressé le général des jésuites, lui écrivit le cardinal d'Esfrées, le 22 juillet, pour exécuter la promesse que le Père de Noyelle avait faite de détacher la province gallobelge de l'assistance d'Allemagne et de la mettre dans celle de France, et j'ai ajouté la seconde fois que Votre Majesté ne souffrirait pas plus longtemps que ses sujets fussent subordonnés à un assistant étranger.. .11 a répondu moins positivemnt la seconde fois que la première. Je redoublerai encore mes instances, et lui dirai nettement que les ordres de Votre Majesté procureront ce qu'il ne voudra pas faire par les siens1.
Les premières négociations commencèrent donc presque par des menaces. Le 5 août, le cardinal avertit encore le roi que le général était « fort ami » du cardinal d'Aghire, créature dévouée d'Innocent XI, et qu'ils se voyaient « fort souvent2. » Le 49, il ajouta qu'il avait dit à ce général que, si les jésuites des lieux conquis par Sa Majesté préféraient se retirer dans la partie de la Flandre qui demeurera sous l'assistant d'Allemagne, Sa Majesté le permettrait3. On lit dans sa dépêche du 26 : « Les Français continuent de me faire de bonnes relations du général des jésuites. Mais je n'entreprendrais pas d'assurer que sa conduite y réponde toujours et qu'il pratique à l'égard de Votre Majesté tout ce qu'il témoigne. » Le cardinal d'Estrées aurait préféré «. un Italien et même un Allemand » à un Espagnol. Aucun