Correspondance de Rome, p
l>8 LOUIS XIV ET INNOCENT XI.
des voix inutiles, jusqu'à ce que les Espagnols et le grand-duc de Toscane se déclarèrent pour son exclusion. » L'abbé ajoute que Barberin désirait « uniquement » pour pape Facchinetti, et il termine en louant « l'insigne piété » d'Odescalchi1.
Donc, d'après cette lettre de Bourlemont et d'après la dernière dépêche du duc d'Estrées, il est certain que la pratique d'Odescalchi n'a été jusqu'à présent qu'une tentative pour le perdre, et que ses électeurs n'étaient dans le fond que des adversaires. Si le duc et le cardinal d'Estrées avaient été plus perspicaces, ils auraient dû alors, après cette première effervescence, faire proposer un de leurs candidats, Rospigliosi par exemple, qui était agréé par le roi, qui avait été acclamé si chaleureusement par le peuple romain et qui devait l'être encore le 30. Rien ne leur était plus facile que de ruiner ainsi à tout jamais la candidature d'Odescalchi ; mais ils crurent que la délicatesse les obligeait d'attendre l'arrivée des cardinaux français, afin de laisser à Leurs Eminences l'honneur de l'élection : c'était, dans les circonstances présentes, sacrifier le principal à l'accessoire, l'utilité à la vanité. Ils poussèrent aussi la naïveté trop loin, en croyant à la sincérité et à l'attachement du cardinal Chigi, qui, comme neveu d'Alexandre VII, aurait toujours dû être suspect à des Français, et qui du reste avait avoué désirer l'élection de son ami Odescalchi. Ce fut la première faute de la faction de France.
Vers le 19 ou le 20, le cardinal d'Estrées écrivit, au conclave même, pour son frère l'ambassadeur, un rapport sur ce qui s'y était passé jusque-là. Voici l'analyse de ce précieux document, qui se trouve au tome CCXLVI, p. 111-154 :
« Avant le samedi 1 5 août, grand calme dans le conclave ; tout y paraît disposé pour les longueurs. A partir du 15, quelques zélés travaillent pour Odescalchi, malgré « la