Ibid.y t. CCXC, p
3. Le cardinal d'Estrées au roi, le 21 janvier 1683 (ibid., t. CCLXXXV, p. 192-206).
mentées depuis cinquante ans. . . Les mandais de franchisé que donnent les ambassadeurs, leur valent à raison de 9 pour 100, lorsqu'ils n'en trafiquent pas avec le marquis Baldinotti, fermier général des douanes; ce qui se fait en deux manières : si l'on se contente de ses billets payables dans peu de jours, il prend pour lui à raison de 2 pour 100 par terre et 3 par ripa\ mais si Ton veut de l'argent comptant, il en prend 3 par terre et 5 par ripa. Ce sont ces 2 pour 100 dont la chambre voudrait profiter sur M. l'ambassadeur d'Espagne. Vous m'avouerez, monsieur, que cela n'est pas raisonnable, et ce ministre est bien fondé à prétendre d'avoir la même liberté que ses. confrères ont eu de faire de son mandat ce qu'il lui plaira r. »
On lit, sur ce même sujet, dans la dépêche de Bourlemont à Pomponne, le 3 août 1677 : « M. l'ambassadeur (duc d'Estrées) m'a fait voir un édit imprimé en date du 27 juillet 1677, qui s'est publié à Rome sous le nom du cardinal Altieri comme camerlingue. Il porte que toutes personnes, de -quelque qualité et conditions qu'elles soient, prélats, princes, cardinaux et ambassadeurs, payeront la gabelle établie sur le bois, le vin qui débarque à Ripelte, le foin, les fruits, etc.. Quoique le présent édit porte le nom du cardinal Altieri, c'est en qualité de camerlingue agissant par les ordres précis de Sa Sainteté. C'est donc au pape et au cardinal Cybo, son premier ministre, que les ambassadeurs doivent se pourvoir, s'ils se trouvent lésés par cet édit, et savoir de Sa Sainteté si le cardinal Altieri, comme camerlingue, a eu ses ordres précis de les y nommer... Si l'on restitue aux ambassadeurs, dans les mandements de franchises, les gabelles qu'ils ont payées, je crois que le pape peut dire aussi qu'ils doivent payer en menu la gabelle que Sa Sainteté leur fait restituer en gros 2. »
1. Le duc d'Estrées à M. de Pomponne, le 27 juillet 1677 (Correspondance de Rome, t. CCLII, p. 167-171).
Un autre expédient est signalé par l'abbé de Servientr dans son mémoire du 8 octobre 1682 : « Le pape, dit-il, pour éviter de dépenser,... a trouvé lui-même l'expédient (qui ne paraît pas digne d'un prince), de faire afficher des billets qui excitent les particuliers à des aumônes, pour fonder une subsistance pour les femmes qui se voudront retirer, et il assigne dans le quartier ceux qui recevront les aumônes. Cet édit produit une infinité de désordres... Le cardinal Lauria est outré de déplaisir; les cardinaux Ludovisio, Casanatta et Capissuchi, ses ennemis, ont fomenté cette affaire, croyant l'exclure du pontificat, auquel les deux derniers aspirent ; car on dit que, ne pouvant punir ce cardinal d'une débauche énorme, on s'en est pris à son confident, et le cardinal Gapissuchi fomente ce bruit, tant l'ambition aveugle les gens * ! »
En novembre 1683, Innocent XI fit expédier une bulle pour l'imposition des décimes en Italie2. On lit dans la dépêche du duc d'Estrées au roi, le 21 décembre suivant : « Non seulement le vice-roi de Naples persiste à ne vouloir pas permettre l'imposition des décimes dans le royaume de Naples, mais le vice-roi de Sicile et le gouverneur de Milan parlent aussi de la même manière; ce que Sa Sainteté attribue à un concert pris entre eux, ne pouvant pas avoir eu de réponses de Madrid depuis la publication de la bulle pour l'imposition des décimes. Votre Majesté pourra juger aisément combien le pape, dont le principal soin et la principale application sont d'amasser les sommes les plus considérables qu'il pourra pour la guerre contre les Turcs, a de déplaisir et de chagrin contre ces trois ministres du refus qu'ils font de permettre l'imposition des décimes dans les pays qu'ils gouvernent3. »I1 est clair que le pape devait d'autant plus tenir
1. Correspondance de Rome, t. CCLXXXII, 3° suppl. de 1682, p. 8-13.
2. Le duc d'Estrées au roi, le 30 novembre 1680 (ibid., t. CCLXXXVIII, p. 404-413).
au succès de cet expédient, qu'il était dispensé d'autant de puiser dans la caisse de la chambre pour concouri aux frais de cette guerre .
Le 25 avril 1684, le duc d'Estrées dépêcha au roi : « Le pape s'est résolu d'envoyer samedi un bref à la république de Venise, pour prendre sur les ecclésiastiques de ses États 150 000 écus dans cette année, qui est la somme à quoi montent les décimes, et en cela Sa Sainteté ne fait que suivre l'exemple de Pie V et celui de Clément IX, qui en pareilles occasions en ont usé de même pour la république de Venise1. » Le 24 février 1685, le même ambassadeur notifia que le pape avait reçu depuis peu 70 000 écus d'aumônes d'Italie, que l'empereur les lui avait demandés, mais qu'il les lui avait refusés. « Les choses, ajouta-t-il, sont plus brouillées que jamais entre le pape et la république de Venise2. »
Les spéculations d'Innocent XI sur le blé furent très lucratives ponr la chambre apostolique, mais iniques. En mai 1680, la misère s'était tellement accrue à Rome « qu'il y avait des familles entières, lorsque la nuit était venue, qui demandaient l'aumône dans les rues en se cachant le visage. » Le duc d'Estrées, qui rapporta ce fait, en prit occasion pour presser le pape de faire une promotion de cardinaux 3. Dans sa dépêche du 20 août 1680, il écrivit que le pape « devrait être touché de la misère, où l'ordre qu'il a donné depuis peu touchant le blé va réduire les personnes de qualité, les artisans et tout le peuple de Rome... lia été ordonné à tous les boulangers, sous peine d'amende et d'être châtiés, de ne recevoir du blé d'aucun particulier, mais seulement celui qui leur sera envoyé de la part d'un clerc de chambre qui y est préposé. C'est à la vérité un grand avantage pour la chambre, mais une grande ruine pour les particuliers, qui ne