‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 285 sur 473 · Ibid.. t. CCLXII, p · texte numérisé non relu

Ibid.. t. CCLXII, p

Il est à remarquer que don Livio et sa sœur n'étaient point les enfants du sénateur Herba, et que la fille de celui-ci, dont il a été question dans la promotion du prélat Gallio au cardinalat, n'était qu'une petite-nièce du pape. La rupture des fiançailles de la sœur de don Livio et du duc d'Alvito, frère de ce prélat Gallio, avait passé d'autant moins inaperçue qu'elle avait été violente de la part de la jeune fille et du pape son oncle, et que le fiancé, plutôt que de renoncer à ses droits, s'était laissé emprisonner. Mais qu'était le simple duc d'Alvito pour lutter contre le pape et contre les Borromée? Cependant la famille d'Alvito et Gallio ayant hérité quelque temps après du prince Trivultio et étant devenue par cet héritage riche, puissante et capable de se venger, on songea en 1681 à une réconciliation, réconciliation d'autant plus facile alors que l'ex- fiancée du duc d'Alvito, comtesse Borromée, était morte. Cette réconciliation eut pour condition l'élévation du prélat Gallio au cardinalat1 et le mariage du neveu de ce cardinal avec une des filles du sénateur Herba.

Mais c'est surtout don Livio qui doit fixer l'attention. Il en fut naturellement question au conclave de 1676, lors de la candidature d'Odescalchi au pontificat. Cybo le représenta au cardinal d'Estrées comme très inoffensif, attendu qu'il était « fort jeune, et qu'étant encore au collège il ne pourrait prendre le poste de premier ministre, et étant riche de 40 000 écus de rente, au lieu d'accabler davantage le saint-siége, il serait plus capable qu'aucun autre de le soulager. » De fait, immédiatement après son élection, Innocent XI dit à ce neveu qu'il avait suffisamment avec ses 40 000 écus de rente, et qu'il ne lui donnerait aucun argent, ne voulant pas se damner pour lui. Cette déclaration était pour le public, et elle était destinée à faire le tour du monde par les ambassadeurs des puissances et les nonces du pape. Le duc d'Estrées la

1. Le cardinal d'Estrées au roi, les 10 et 15 septembre 1681 (Correspondance de Rome, t. CCLXX1V, p. 262-305).

signala à Louis XIV le 24- septembre 1676 l. Signor Livio ne fut appelé Don Livio qu'après l'élévation de son oncle à la papauté 2.

Toutes les préoccupations du pape à l'égard de don Livio portèrent sur deux points : faut-il le faire cardinal ouïe marier? et comment l'enrichir secrètement, sans que le public le remarque et sans que la lutte officielle contre le népotisme en soit compromise? Je répartirai les dépêches autour de ces deux idées, et la conclusion de ce simple exposé sera que, si Innocent XI a combattu le népotisme en paroles et par un projet de bulle, il l'a pratiqué de fait, d'une manière détournée, mais incontestable; après quoi j'ajouterai quelques extraits des dépêches sur les attitudes politiques de ce docile neveu.

En avril 1677, l'ambassadeur d'Espagne à Rome chercha à déterminer le pape à faire venir auprès de sa personne le sénateur Herba, et à négocier un mariage entre don Livio et une des filles du prince Ludovisio 3. Innocent XI ne se rendit pas au premier de ces désirs ; car, dit le duc d'Estrées, « il se souvient bien de la pasquinade qui fut faite contre Alexandre VII, lorsqu'il eut fait venir ses parents, et homo factus est. » Mais il réfléchit sur le second. Don Livio était alors un jeune homme de vingt-deux ans, d'humeur assez douce. L'abbé de Bourlemont qui le caractérisa ainsi, n'osa pas dire qu'il était faible de caractère. Il l'était pourtant ; les différentes attitudes qu'il prit vis-à-vis de la faction de France et de la faction d'Espagne, le prouvent clairement. Il joua natu-

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