‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 29 sur 473 · Correspondance de Rome, p · texte numérisé non relu

Correspondance de Rome, p

une élection dont la manière ne me serait pas agréable; la constance que les cardinaux Barberin, Chigi et Rospigliosi avaient apportée pour soutenir la justice de ses raisons; l'effet qu'elles avaient produit dans le sacré collège ; les ternies où l'affaire se trouvait réduite de dépendre présentement ou de l'approbation ou de l'exclusion que j'y voudrais donner; mais surtout la confiance nui' fat en l'affection du cardinal Cijbo, et l'autorité qu'il aurait en ce nouveau pontificat, me font pencher à une élection pour laquelle le Saint-Esprit semble se déclarer par les vœux de la plus grande partie du conclave! — Dieu m'est témoin que dans une occasion et si grande et si sainte, j'ai principalement, en vue le bien de l'Église et l'avantage de la religion. Ni l'un ni l'autre n'auraient pu s'y rencontrer, tant qu'il aurait paru que la première couronne de la chrétienté n'aurait point de part à l'élévation de celui qui doit remplir la chaire de saint Pierre. Mais lorsque, par vos soins et par la justice autant que par l'affection des chefs des principales factions, tout demeure en suspens jusqu'à

que ma volonté soit connue, je croirai ma volonté pleinement satisfaite, lorsqu'il paraîtra que tout le

ré collège a entendu ma décision, et qu'il ne s'est déterminé sur le choix d'un sujet si généralement désiré que lorsqu'il a su que j'y donnais mon consentement. — Ainsi, en cas qu'à l'arrivée de ce courrier les dispositions soient les mêmes dans le conclave, je trouve bon que vous fassiez connaître aux cardinaux de ma faction que la vertu, la piété et tant d'autres qualités dignes d'un successeur de saint Pierre, me déterminent en faveur du cardinal Odescalchi; que je suis satisfait de la déférence que la meilleure partie du sacré collège a fait paraître pour mes sentiments en les voulant attendre, avant que de se déclarer en sa faveur; et que, comme la forme seule m'avait blessé dans le dernier conclave pour un sujet, pour qui j'avais d'ailleurs tant d'estime, j'y donne volontiers les mains aujourd'hui qu'elle est

réparée. — Mais parce que la piété et les autres qualités ecclésiastiques ne suffisent pas seules au gouvernement de l'Eglise, que les soins et l'application d'un pape embrassent tous les intérêts de la chrétienté et demandent une plus grande étendue de lumières et de talents, je pourrais appréhender que ces qualités ne se trouvassent pas au point qu'elles sont nécessaires dans le cardinal Odescalchi. Aussi ne regardai-je guère moins le cardinal Cybo que lui-même dans son pontificat. L'intime amitié qui est entre eux, et l'apparence que ce cardinal si éclairé et si consommé dans les affaires tiendrait auprès de lui la première place et aurait sa principale confiance; mais surtout l'attachement et le zèle qu'il fait paraître pour mes intérêts (!), me font croire que l'Eglise et la chrétienté entière pourraient tirer un égal avantage de ce gouvernement, et que j'y trouverais en mon particulier les sentiments favorables que j'en pourrais attendre(î). C'est ce que vous pourrez faire entendre au cardinal Cybo, et comme il aura su par vous combien volontiers j'aurais contribué à son élévation, vous pourrez lui témoigner que je vois avec plaisir que l'élection tombe sur une personne qu'il regarde comme un autre lui-même et que je me promets qui se remettra sur lui du principal poids des affaires. — Quelque scrupule que le cardinal Odescalchi pût faire de prendre quelques engagements pour faciliter son pontificat, ce que je pourrais désirer de lui est si juste, qu'il ne peut, ce me semble, faire aucune difficulté de le promettre. Lorsque j'exigerai de lui de s'engager à faire au plus tôt la promotion des couronnes, et d'accepter la faveur de l'évêque de Marseille, la nomination du roi de Pologne, c'est plutôt l'acquittement d'une dette qu'une grâce que je lui demande. Et lui et le cardinal Cybo ont trop improuvé sans doute ( !) la conduite du cardinal Altieri à l'égard de toutes les couronnes dans la promotion dernière, pour croire qu'ils leur voulussent donner un semblable sujet de plainte; et sur ce sujet comme sur tous

les autres, fai sujet de croire(l) qu'ils m'en procureront la satisfaction convenable. Ainsi, vous n'aurez pas peine, je m'assure, à tirer de lui une semblable assurance. Mais, quand même, par délicatesse de consciente, il ferait difficulté de la donner, je me confierais tellement à son équité lorsqu'il serait sur le saint siège, que je ne coudrais pas que vous prissiez occasion de son refus pour changer l'effet des sentiments favorables que j'ai pour lui... » — Enfin, Sa Majesté ajoute que, si les dispositions n'étaient plus les mêmes lorsque ce courrier arrivera à Rome par suite de nouvelles « brigues », elle maintenait les prescriptions données le mois passé.

Les dernières paroles soulignées étaient une véritable abdication de la prudence la plus élémentaire; en les écrivant, Louis XIV s'est livré à la merci d'Odescalchi et de Cybo, sans exiger les plus ordinaires garanties. Certainement, grande a été la faiblesse du cardinal d'Estrées, en atténuant par des considérations très problématiques ce que le sens pratique lui avait d'abord inspiré contre Odescalchi. Louis X1Y a été évidemment entraîné par ces considérations problématiques; le sentiment de sa puissance lui a fait transformer l'aléatoire en réel; il n'a songé qu'à se venger d'Altieri, au lieu de chercher à se prémunir contre ses nouvelles intrigues avec le parti espagnol. Les d'Estrées avaient cependant indiqué ce point noir; ni Louis XIV ni Pomponne ne l'ont aperçu. C'est ainsi que la faction de France commettait faute sur faute; mais ce n'était pas encore la dernière. *

Le 8, les cardinaux de Retz, de Bouillon, d'Estrées et de Bonzi écrivirent à M. de Pomponne, pour le prier d'écrire au cardinal Maidalchini de telle sorte qu'il restât en Italie et qu'il ne songeât pas à revenir en France. Ils lui mandent qu'ils attendent avec impatience les ordres du roi pour l'élection, et que la faction française est aussi unie que l'espagnole est divisée, « principalement depuis la venue du comte deMelgar qui se prétend ambassa-

deur, quoique le cardinal Nitard ne le veuille pas reconnaître en cette qualité. * » — D'après la dépêche que le duc d'Estrées envoya le même jour au roi, la situation au conclave était toujours la même. La reine de Suède lui fit faire la veille de grands compliments et de grandes offres par l'abbé Prévost, et assurer que lorsqu'il le voudrait, elle lui donnerait trente-sept vœux, et qu'ainsi la France aurait tout l'honneur du conclave. Le duc pensa que c'était une tentative pour diviser les factions unies à celle de France. Le cardinal Grimaldi, qui n'est entré au conclave que le dimanche G au soir, a manifesté l'opinion que la pratique d'Odescalchi ne pouvait pas réussir. « Je le fis néanmoins demeurer d'accord, dit le duc, qu'il verrait avec messieurs les cardinaux français ce qu'il y aurait à faire, afin qu'il se pût prévaloir de l'honneur que Votre Majesté lui faisait. Il n'y a pas de doute que cette élection serait très glorieuse pour Votre Majesté, mais apparemment les Espagnols n'y donneront jamais les mains. » Le cardinal Grimaldi, comme prétendant au pontifical, a visité les six cardinaux de la dernière promotion; les autres cardinaux français l'ont supplié de se mettre à leur tête, mais il s'est excusé et a voulu demeurer libre. La faction espagnole compte présentement au conclave six cardinaux2.

On le voit, il y a eu, du 6 au 8, division entre l'ambassadeur et le cardinal Grimaldi : celui-ci contre Odescalchi, celui-là pour. L'ambassadeur, qui, dans sa dépêche du 22 août, avait fait ressortir le côté espagnol de la fortune et des liaisons d'Odescalchi et qui avait reconnu la très grande facilité avec laquelle on pouvait ruiner sa candidature, avait, depuis lors, fait volte-face : et, singulièrement oublieux de l'intrigue Altieri-Nitard en faveur d'Odescalchi, il ne voyait plus, le 8 septembre, dans l'élection de ce dernier, qu'un haut fait pour le roi de France et un

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