Le duc d'Estrées au roi, le 23 décembre
ville Seignelay et Duquesne, et le bombardement dura du 10 au 20 mai. Le pape en fut naturellement affligé; mais le cardinal d'Estrées, dans sa dépêche du 27 à Louis XIV, expliqua ainsi les causes multiples de cette tristesse. Après avoir accusé le pape d'avoir « joué la comédie, » il ajouta : « Son chagrin échappe presque dans toutes les occasions. On prétend qu'il n'est pas seulement fondé sur des intérêts publics du repos de l'Italie, dont les papes ont toujours été si jaloux, mais sur 80 000 écus d'or qu'il tient pour don Livio à la banque de Gênes et qu'il croit exposés au péril des banqueroutes. Les espérances qu'on lui a données depuis sur la paix l'ont trouvé si préoccupé des affaires de Gênes, qu'elles ne l'ont pas rendu plus tranquille et plus modéré. Mais quelque dégoût qu'il ait, ce qui peut être de plus avantageux aux intérêts de Votre Majesté, c'est de faire durer sa crainte et de l'augmenter... Certainement, si Votre Majesté pouvait s'emparer de quelque poste dans l'État de Gênes ou de quelque forteresse des Espagnols dans la Toscane, le palais changerait de langage, et Votre Majesté verrait la cour de Rome soumise et humiliée1. »
Le 14 juillet, à propos de Carlo Canari qu'il traita de visionnaire, le cardinal d'Estrées se moqua de l'avarice de don Livio2. Le mois suivant, le pape fit une extraction du quart du mont appelé Saint-Mathieu et ne remboursa qu'à cent écus ce que les particuliers avaient acheté cent trente; de plus, le pape eut soin de tenir son neveu au courant de son projet avant de le mettre à exécution, en sorte que toute la perte fut pour le public et non pour lui. Le duc d'Estrées en écrivit en ces termes à Louis XIV : a Don Livio et le trésorier de la chambre, en ayant été avertis il y a quelque temps, ont vendu les lieux qu'ils avaient sur ce mont, et ceux qui les ont achetés