Ibid., t. CCXGV, p
d.Ibid., p. 13-21. . J
Livio achetait des grains à quatre écus et les revendait à la Chambre « à hait ou neuf, » et la Chambre les revendait aux boulangers à dix ou douze, ce qui détruisait les fonds publics et amenait la disette. Don Livio jouissait encore d'exemptions d'entrée pour ses grains « par la tolérance des ministres subalternes. » Il ne dépensait tout au plus que 4000 écus par an et recevait des présents. Il avait aussi un négoce de vins étrangers. Bref, il épargnait tous les ans plus de 50000 écus de son revenu, et « il en gagnait en négoce d'argent, de grains, de vins et de régals ou présents, plus de 140000. » Telle était la manière habile dont le pape traitait son neveu, sans paraître lui faire de passe-droit1.
Le 23 octobre 1685, le cardinal d'Estrées communiqua à Louis XIV ce détail qu'il tenait de don Livio par le canal du cardinal Spinola : « Dans la pensée de devenir cardinal à la prochaine promotion, comme don Livio a sur la tète plus de 100000 écus d'offices vacables, il commence à s'en défaire peu à peu, et veut en faire passer sur la tête de quelqu'un des enfants du sénateur Erba2.» Afin de dépister le public et d'atténuer l'opinion de népotisme dissimulé qu'il s'était faite, le pape recourut à un petit stratagème, auquel il remédia sans doute en secret. Le voici, d'après la dépêche du duc d'Estrées en date du 11 juin 1686 : « Peu de temps après son exaltation, Sa Sainteté fit une donation de son bien à don Livio avec une clause ordinairement contraire aux donations, qu'elle la pourrait révoquer toutes les fois qu'elle voudrait. Elle en a retiré depuis quelques jours 70 000 écus, pour les donner à un hôpital nommé Saint-Gai; ce qui a donné tant de chagrin à don Livio qui ne hait pas le bien, qu'il en a été malade a. » Le 24 juin 1687, le cardinal d'Estrées traita don Livio d'avare, trouva son intérêt
1 Correspondance de Rome, t. CGXCVII, p. 41-54.