‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 322 sur 473 · Ibid., t. CCLXXV, 1* suppl. de 1681, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. CCLXXV, 1* suppl. de 1681, p

nisme ni à entrer dans une alliance sincère avec la France. Quoi qu'il eu soit de la modération qu'il affecta et qui n'était peut-être qu'une tactique concertée entre lui et Innocent XI, Favoiïti redoubla alors de zèle contre la cause gallicane. Dans sa dépêche du 18 mars, le duc d'Estrées le signala au roi comme un « scélérat » et un « abominable homme1.»

. Pendant ce temps, le cardinal Azzolini entretenait le (eu discrètement auprès des cardinaux ses amis, entre autres, Ludovisio et Colonna, et pressait le pape d'exiger du cardinal d'Estrées des écrits sur la régale, écrits dont on voulait certainement abuser et se faire des armes .

La loyauté, en effet, n'était pas la qualité dominante des conseillers du pape; tous les arguments et tous les moyens leur étaient bons dès qu'ils pouvaient l'influencer dans leur sens. De Luca avec son ardeur de tempérament, Favoriti avec son énergie tenace et ses idées extrêmes, trouvaient sans cesse des expédients efficaces. Grâce aux récits de toutes sortes qui leur étaient faits par la bande d'espions et de moines que Favoriti dirigeait, ils n'avaient que l'embarras du choix pour monter leurs coups. Gomme le pape était superstitieux et crédule, ils imaginèrent des visions, des miracles où ils lui montrèrent le doigt de Dieu.

On songea d'abord à l'évêque Caulet de Pamiers, qui venait de mourir (7 août 1680); on lui attribua des miracles, on fit venir à Rome son domestique, sorte d'ingénu, que Favoriti et Dorât sauraient exploiter. Dans sa dépêche du 7 mai 1681, le duc d'Estrées dit au roi qu'il avait cru devoir garder cet ingénu à Farnèse pour empêcher cette exploitation, et qu'il allait, le lendemain ou le surlendemain, l'envoyer par barque à Marseille, chez M. Brodart, où Sa Majesté enverrait ses ordres 3.

1. Correspondance de Rome, t. CCLXXI, p. 159-172. 4. Ibid.yt. CCLXXV,le' suppl. de 1681, p. 136-143. 3. Ibid.,t. CCLXXI, p. 297-306.

Les mémoires de Servient, du 14 mai et du 2 juillet 1682, sont sous ce rapport particuliè rement intéressants. Dans le premier il est parlé d'une audience du cardinal Asolin (Azzolini). Le pape y pleura et s'emporta contre les évêques de France, puis lui raconta ce qu'il avait appris la veille au soir, par une lettre d'un homme qu'il tenait pour un saint; selon Servient, ce prétendu saint était le père Marco, « ce capucin fameux. » Donc, ce saint homme « avait été réveillé la nuit par l'apparition de Notre Seigneur Jésus-Christ, entouré d'une troupe d'évêques et de prêtres, qui lui déchiraient ses habits et en donnaient les lambeaux à des soldats, qui leur en comptaient de l'argent, Jésus-Christ s'en plaignant douloureusement et ordonnant à ce prétendu béat d'avertir son vicaire en terre de faire réparer promptement et courageusement ces outrages, de n'avoir point de crainte et d'espérer un bon succès. » Il s'agissait des évêques et des prêtres de l'assemblée du clergé de France. Le pape conta cela avec larmes, et dit qu'il était prêt à souffrir le martyre pour une si bonne cause. Asolin traita cela d'illusion puérile et engagea le pape à s'en rapporter à la congrégation ; « mais il s'en est repenti depuis, poursuit Servient, parce que le pape, se croyant le plus habile homme du monde, taxe en soimême d'incrédules et d'impies ceux qui ne croient pas les choses qu'il se persuade plus ou moins, selon l'idée qu'il a des gens ou des affaires. » Servient ne s'y trompa pas; aussi ajouta-t-il : « Favoriti pourrait bien avoir quelque part à cette vision. » Servient, qui pensait avoir rapproché de Luca etCibo, dit, dans cette même lettre, que le premier, devenu depuis cardinal, pourrait bien se ranger avec les brouillons, « comme il le fit dans la congrégation des cortèges et comme il l'a fait en d'autres. » Le cardinal de Luca lui semblait très personnel et très cassant dès qu'on lui résistait1.

1. Correspondance de Rome, t. CCLXXX, 1er snppl. de 1682 p. 347-350.

C'est ce même Marco d'Aviano qui fut envoyé par le pape, en 1683, à Jean Sobieski pour l'exalter et le presser de marcher contre les Turcs. Jean Sobieski servit sa messe, et le considéra comme un saint homme. « II padre d'Aviano, écrivit-il à la reine Marie Casimir le 13 septembre 1683, m'a embrassé un million de fois dans l'effusion de sa joie; il prétend avoir vu pendant la bataille une colombe blanche planer sur nos armées1. » En Pologne et à Vienne comme à Rome, c'était donc toujours le même procédé.

« Ces gens-là, dit encore Servient clans le second mémoire précité, ne peuvent assurément être surpassés ni à concevoir des malices ni à les mettre diligemment en pratique. » Puis, il raconte, comme preuve nouvelle, que la foudre est tombée, la nuit du dimanche au lundi, dans une salle haute du Vatican, dans l'appartement du pape qui est au-dessous ; qu'elle a brûlé des tapisseries, etc. ; que, selon les gens de la cabale, c'est un avertissement de la fin du pontificat « pour avoir abandonné les droits de l'Eglise par la suspension accordée; » que la reine de Suède a été gagnée à cette explication, et qu'un religieux espagnol, poussé par le duc de Giovanesso, est allé le dire à Sa Béatitude2. Le pape étant très peureux, très superstitieux et ayant grande confiance dans la sainteté des religieux, des religieux espagnols surtout, cette voix manifeste de Dieu ne pouvait manquer d'avoir son effet contre la suspension des affaires de France.

Pendant ce temps, Lauri, auditeur de la nonciature de Paris, digne compère de Favoriti, secondait Marco, « le capucin fameux, » en écrivant de Paris que le pape n'avait rien à craindre de la France et qu'il pouvait être sûr du succès de ses procédés.

1. Cf. A. de Salvandy, Histoire du roi Jean Sobieski, t. II, p. 184, 201, 226. Paris, 1855.

2. Correspondance de Rome, t. CCLXXXI, 24 sqppï. de 1682, p 60-64.

Le 4 juin 1682, le cardinal d'Estrées manda au roi que le cardinal de Luca avait la principale confiance de don Livio; que le cardinal Cibo était de plus en plus discrédité pour sa faiblesse; et qu'il jouait au palais un rôle presque nul1. D'après une autre dépêche du 13, le cardinal de Luca se plaignit au pape de l'existence d'une cabale autour de Sa Sainteté, cabale qui le discréditait, lui, de Luca, et qui s'efforçait d'abréger les jours de Sa Sainteté, pour « s'assurer le pontificat, en promettant pour lors à la France tout ce qu'ils contestaient à cetle heure si durement. » De Luca voulait que le pape assistât à la congrégation pour juger de ses raisons; mais Favoriti et Azzolini empêchaient Sa Sainteté d'y assister. Dans cette même dépêche, le cardinal d'Estrées accusait Favoriti et ses complices « de malice et de perfidie2.»

A la même époque, Servient écrivit que le cardinal de Luca avait fait ressortir au pape tous les inconvénients de la constitution sur la régale, mais inutilement. « De Luca, dit-il, s'est plaint en secret à un de ses intimes amis de cette fatalité et du grand pouvoir en ces matières que le pape accorde aux plus brouillons de cette cour3. » C'était le triomphe de Favoriti et d'Azzolini. Dans son mémoire du 2 juin, Servient est encore plus explicite : « Il paraîtrait, dit-il, par ce qui m'en est revenu, que nos secrets ne sont pas plus tôt confiés au cardinal Cibo, qu'ils passent à nos ennemis par la communication que Cibo en donne à Sa Sainteté, ce qui indique une ruine presque évidente de toutes les négociations qu'on pourrait faire par cette voie.» Le cardinal de Luca, ayant appris que Favoriti, Azzolini et Ottoboni l'avaient décrié auprès du pape, demanda audience à celui-ci et le lui dit. « Il s'étendit sur la nature de ces gens-là, sur leurs cabales dans toutes les circonstances, sur leur ancien éloigneraient pour la France

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