Correspondance de Rome, t. CCLXXXIV, p
ajouta le cardinal, que je savais qu'il n'en était pas capable, mais qu'il pouvait être trahi et trompé, comme les plus grands hommes le sont1. »
Le cardinal d'Estrées ne s'en tint pas là. Pour mieux mettre à jour les agissements de la cabale, il remit au pape un mémoire sur ceux que le cardinal Ludovisio, faisant allusion à Azzolini et à Favoriti, appelait canali infetti. Voici comment il exposa cette affaire au roi, dans sa dépêche du 9 août : « Les affaires dont nous sommes chargés produisent ici des scènes curieuses par les soins, ou plutôt les artifices, V imposture et la méchanceté du cardinal Azzolini et de Favoriti, et la faiblesse et les scrupules (?) du pape... Ces esprits envenimés contre de Luca, contre la suspension et contre moi, ont usé de toutes sortes de friponneries pour rallumer le zèle du pape sur les propositions... Tout ce qu'ils ont dit pour décréditer de Luca auprès du pape, et tous les cardinaux bien intentionnés pour la paix, est incroyable; contre Rospigliosi, Chigi, Bassadonna, Gibo, Barbarin, et tous les autres enfin qui n'entrent pas dans leurs fureurs... Favoriti s'est conduit en cela avec tant d'indignité et de friponnerie, qu'au lieu de prendre cinq ou six des plus capables théologiens et des plus approuvés dans cette cour, auxquels on commet ordinairement les affaires considérables, il les avait fait exclure sous de différents prétextes, parce qu'il avait pénétré qu'ils ne seconderaient pas sa fureur, et en avait ramassé neuf ou dix autres d'un nom et dune capacité fort médiocres, dépendant de la reine de Suède ou dévoués au cardinal Azzolin ; et, non content d'un si bon choix, il avait voulu voir leurs vœux et corriger ce qu'il y trouvait de trop modéré. » Le cardinal d'Estrées fit alors remettre au pape un mémoire sur toutes ces intrigues de Favoriti et a" Azzolini, et demanda à Sa Sainteté qu'ils fussent
1. Correspondance de Rome, dépèche au roi, du 30 juillet 1G82, p. 120-140.
exclus (le toute négociation concernant les affaires de France. Le pape, ému de cette demande, redevint ouvert avec le cardinal de Luca après huit jours de froideur1. Chose étrange ! Au plus fort de sa brouille avec le cardinal de Luca et avec les conseillers prétendus modérés de Sa Sainteté, on voit Favoriti visiter la nuit, et travesti, deLucaet cesmêmesconseillers. «Favoriti, écrit Servient, a tous les jours de plus fréquentes audiences de Sa Sainteté ; il en a même eu deux ce matin avant la congrégation du saint office ; » Favoriti travesti a fait de nuit trois visites à don Livio, une au cardinal de Luca, deux au cardinal Gibo , et trois au cardinal Spinola, gouverneur de Rome. « L'espion que j'ai envoyé pour le suivre, ajoute Servient, m'a fait espérer de me gagner un homme chez le cardinal Spinola, par lequel on pourra démêler la meilleure partie de l'intrigue; je n'épargnerai rien pour faire cette découverte2. » N'est-ce pas à se demander si toute cette division entre les conseillers du pape n'était pas une division feinte, pour mieux tromper les d'Estrées et les autres partisans de la France ? Des gens qui fabriquent des faux n'étaient-ils pas capables d'une telle supercherie ? Déjà nous avons mentionné les lettres attribuées à l'évêque de Pamiers et fabriquées ta Rome par ies agents de Favoriti ; et, précisément à la date où nous sommes, le duc d'Estrées s'est plaint au pape de nouvelles falsifications relatives aux affaires de l'assemblée du clergé. Dans le récit qu'il envoya au roi de son audience du 16 août 1682, on lit, en effet, ce qui suit: « Je dis à Sa Sainteté que nous lui demandions, M. le cardinal d'Estrées et moi, une grâce qu'il ne nous pouvait refuser, que, si le cardinal Azzolini et Favoriti voulaient continuer à se servir des lettres supposées qu'ils faisaient venir de France, et d'autres qu'ils fabriquaient ensemble ici, pour faire passer des choses indifférentes