Ibid., t. CCLXVI, p
FAVORITI. 425
redouter une rupture de Rome avec la France, il s'en réjouit; désireux de voir l'empire et l'Espagne se jeter sur la France pour l'occuper, il disait « que la perle n'en serait pas si grande, » la moitié du royaume étant schismatique *. Le discours si violent que le pape prononça au consistoire du 13 janvier 1G81, avait été composé par Favoriti; du moins le duc d'Estrées écrivit le lendemain qu' « on n'en doutait pas. » Dans cette même dépêche, le duc se plaignit de la hardiesse des deux prélats de Luca et Favoriti, et il rapporta que le cardinal Rospigliosi avait non seulement désapprouvé ce discours, mais encore « blâmé fort ceux qui avaient fait prendre cette résolution à Sa Sainteté, qu'il attribua principalement à l'abbé Favoriti 2. »
Les attaques dirigées contre les deux ouvrages de M.deLuca par les cardinaux Albizzi, Ottoboni, Carpegna, etc., le grandirent encore; l'humiliation de son rival lui fut une bonne fortune. En janvier 1681, il eut la pensée de faire interdire par le pape l'archevêque de Paris et le Père de La Chaise 3. Louis XIV, en l'apprenant, fut irrité; le 31 du même mois, il écrivit de Saint-Germain au duc d'Estrées qu'il l'engageait à menacer Favoriti au nom du roi de France, s'il ne changeait pas de conduite, et il le pria de lui envoyer son opinion sur la manière dont il pourrait le mortifier 4. Le 6 février, le cardinal d'Estrées avertit Sa Majesté que l'animosité de Favoriti contre la France méritait d'être punie 3 ; le 24, il lui signala ses discours « empoisonnés, » et ajouta : « Il faut absolument que Votre Majesté fasse un grand exemple de Favoriti, si elle veut à l'avenir réprimer les fous, les scélérats, qui s'élèveront dans Rome
1. Mémoire du Père Cambolas, le 8 octobre 1680 (Correspondance de Rome, p. 272-277).