‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 342 sur 473 · Ibid., t. CCLXXl, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. CCLXXl, p

fois. Mais le cardinal Cibo «était persuadé que le pape lui avait tout communiqué » ce que le cardinal d'Estrées lui avait lu. Le cardinal Cibo, après avoir eu connaisnaissance de celte dépêche, la lut au pape. « Sa Sainteté, dit le duc, écouta la lecture avec une très grande attention, et devint fort pâle, apparemment de déplaisir, d'apprendre par l'auditeur la confirmation d'une chose qui ne lui pouvait donner que de l'embarras et de l'inquiétude. Mais Sa Sainteté n'entra pas en matière avec ce cardinal sur le contenu de la lettre et ne lui en parla en aucune manière. Elle ne lui a pas aussi dit un seul mot, jusqu'à présent, de ce dont le cardinal d'Estrées et moi avons informé Sa Sainteté touchant Favoriti. » Puis le duc eut son audience, dans laquelle il parla à Sa Sainteté de la Pologne et des Turcs. « Le pape, dit-il, m'avait écouté jusque-là avec un air ouvert et riant... Mais il devint si interdit et si abattu, lorsque je lui lus la copie de la lettre du sieur de La Borde à Sa Sainteté, que je lui rendis, et de celle du même à Favoriti et Dorât, que, s'il fût mort en ce temps-là ou tombé en apoplexie, il n'aurait pu être guère plus changé. Il demeura un peu de temps la tête baissée et sans dire un seul mot. Je rompis le silence et je lui dis que Votre Majesté m'avait ordonné de lui témoigner qu'elle avait été extrêmement surprise qu'elle eût si peu considéré ce que nous lui avions lu et représenté, M. le cardinal d'Estrées et moi, de la part de Votre Majesté, contre Favoriti. Il répondit, sans me laisser achever ce que j'avais à dire, qu'il s'étonnait fort qu'un homme comme La Borde eût eu la hardiesse de lui écrire, que c'était un menteur et qu'il ne voulait pas le voir. Je lui dis que nous lui avions déjà offert, selon l'ordre de Votre Majesté qu'elle l'enverrait ici si Sa Sainteté le désirait, que je le lui offrais encore, et que l'on le mènerait sûrement jusques aux frontières de l'État ecclésiastique, où l'on le remettrait à ceux que Sa Sainteté voudrait; qu'elle m'avait fait l'honneur de me dire, lorsque je la suppliai

FAVORITI. l*d

de chasser de Rome le docteur Meteyer, que par manière de dire elle devrait recevoir un deinonio, s'il voulait venir à ses pieds; qu'ainsi elle ne devait pas refuser de voir Laborde, et au contraire être bien aise de pouvoir par l'offre de Votre Majesté faire punir un imposteur, si cet homme se trouvait tel, ou bien de s'éclaircir de l'abominable dessein de Favoriti contre la France, et pour le moins autant contre Sa Sainteté et le saint-siège, et que, quand elle ne le voudrait pas accepter, toute la terre aurait lieu de croire que, n'étant que trop persuadée de tout ce qu'elle avait appris touchant Favoriti, elle l'aurait voulu dissimuler pour n'être pas obligée de châtier un si méchant homme et si coupable, ce qui serait trouvé tout à fait étrange et extraordinaire. » Le pape avoua « qu'il était vrai et qu'il y avait des faits et des choses véritables dans le mémoire que M. le cardinal d'Estrées lui avait lu, mais qu'il y en avait aussi de très faux et que Favoriti n'avait rien fait que par son ordre. » Le duc appela l'attention du pape sur la gravité et les conséquences de cette dernière assertion. Il dit que, si quelque Français avait fait ce qu'avait fait Favoriti, le roi le ferait supplicier; comment dès lors le pape pouvait-il, au lieu d'un châtiment, maintenir à Favoriti la connaissance des affaires de France! Le duc rappela que le cardinal Guastaldi avait été, sous Innocent X, relégué dans une de ses maisons et privé de ses abbayes, quoique cardinal-neveu et pour un motif bien moindre; que le cardinal Impérial avait été, sous Alexandre VII, chassé de Rome dans l'affaire du duc de Créqui, et que le cardinal Odescalchi y avait contribué par un discours prononcé dans une congrégation *. Le cardinal Cibo témoigna au duc de l'étonnement de voir le pape maintenir sa confiance à Favoriti, après une si abominable conduite.

Se voyant démasqué et perdu près de la faction de

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