‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 343 sur 473 · Correspondance de Rome>ï. CCLXXI, p · texte numérisé non relu

Correspondance de Rome>ï. CCLXXI, p

France, Favoriti feignit de la modération, parla à Cibo avec plus de déférence et offrit même au pape de se retirer dans son canonicat de Sainte-Marie *. Il parla même à de Luca d'un accommodement avec la France! C'était le roseau qui pliait pour ne pas rompre et pour mieux reprendre ensuite, après l'orage, son attitude hostile ordinaire.

Le 14 avril 1681, le cardinal d'Estrées eut une audience dans laquelle il fit ressortir au pape tout le mécontentement de Louis XIV, de ce que Favoriti, malgré son indignité, était encore chargé des affaires de France. Le pape répliqua que Favoriti était un homme « honorato, » tandis que son accusateur (de La Borde) était « un'solennissimo furbo. » Le cardinal demanda alors au pape pourquoi il n'agréait pas que cet accusateur vînt justifier ici-même ses accusations; il lui représenta que ce refus aurait pour effet que l'Europe entière donnerait raison à l'accusateur de Favoriti. D'ailleurs, le roi de France avait encore d'autres preuves des intrigues de Favoriti et des jansénistes. Le pape, pour couper court à cette affaire désagréable, répondit simplement que Favoriti n'avait agi que « par son ordre, et qu'il ne se laissait pas prévenir par ses ministres 2. » Donc le pape endossait la responsabilité de la conduite même de Favoriti.

D'après un mémoire de Servient à Croissy, en date du 16 avril, Favoriti, pour se tirer d'affaire dans le démêlé Cibo-Dorat-de La Borde, eut recours à une « menterie 3.» Le même jour, le duc d'Estrées, écrivant au roi, appela de nouveau Favoriti un « méchant scélérat; » mais, le lendemain de Pâques, la reine de Suède fit au pape le plus grand éloge de son ministre, et pria Sa Sainteté de le protéger contre ses ennemis en le faisant cardinal. Le

1. Le cardinal d'Estrées au roi, les 15-19 avril 1681 (Correspondance de Rome, t. CCLXXII1, p. 212-263).

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