Ibid., t. CCLXXXIII, p
5. Servient à Croissy, le 2 avril 1682 (ibid., t. CCLXXX,p. 231- 235).
endroits que les intentions de cet homme sont aussi per* nicieuses que jamais touchant les affaires de France, et qu'il n'a pas tenu à lui qu'elles n'aient produit leur effet depuis que le pape a reçu la lettre du clergé. Il faut être aussi abominable qu'il est et se soucier peu du service de son maître, pour avoir voulu faire un méchant usage d'une si bonne chose et d'un moyen si avantageux à l'Eglise, si naturel et si honnête au pape pour le rétablissement d'une parfaite intelligence entre Votre Majesté et Sa Sainteté. Mais cependant nous n'avons pas estimé, M. le cardinal d'Estrées et moi, et c'a été aussi le sentiment de quelques serviteurs de Votre Majesté, personnes de grand mérite et de considération, que je dusse traiter le chapitre de Favori ti dans mon audience d'hier comme il l'aurait mérité, parce que d'en parler faiblement, cela n'aurait pu servir qu'à augmenter sa témérité, et que de le faire avec toute la force qu'il aurait fallu, outre que je n'en aurais pas tiré davantage de Sa Sainteté que les autres fois, ce que j'aurais dit aurait pu déterminer le pape à prendre la résolution de le faire cardinal, pour le mettre à couvert des mauvais traitements qui pourraient être suivis de l'indignation de Votre Majesté, si elle paraissait de nouveau. »
La grande ambition de Favoriti était de devenir cardinal, et il ne se gênait pas pour blâmer le pape, même en présence de Servient, de ce qu'il lui préférait pour le cardinalat des hommes qui n'avaient aucun mérite. Favoriti était sur ce point tellement animé contre Innocent XI que Servient devait le calmer, l'exhorter à la douceur et à la modération l. Grâce à ces ouvertures et à ces épanchements où Favoriti se trahissait, Servient put le mieux connaître, et le 2 mai suivant il dut avouer à Groissy qu'il devait retirer tout ce qu'il lui avait écrit précédemment de favorable sur Favoriti, parce que ce prélat était tout à