Correspondance de Rome, t. CCLXXXI, p
2. Servicnt à Croissy, le 30 juillet 1682 (ibid., p. 128-133).
:!. Le duc d'Estrées au roi, le 29 juillet 1682. Dans sa dépêche du 8 août, le duc d'Estrées dit que les droits d'expédition perçus par Favoriti se payaient avant qu'il fût secrétaire, du moins pour la Fronce et l'Allemagne, mais qu'il les avait établis lui-même pour l'Espagne.
4. Le cardinal d'Estrées au çoi, le 9 août 1682 (ibid., t. (X LX XX IV, p. 154-179).
Uî LOUIS XIV ET INNOCENT XI.
riti voulaient continuer à se servir des lettres supposées qu'ils faisaient venir de France, et d'autres qu'ils fabriquaient ensemble ici pour faire passer des choses indifférentes pour des nouveautés, de vouloir suspendre son jugement; d'avoir la bonté de nous faire informer de ce qu'on lui aurait dit et ne croire rien que nous n'en fusions convaincus, ce qui n'arriverait pas assurément.
» Sa Sainteté m'écouta fort attentivement, mais ne me témoigna approuver ni désapprouver ce que je lui disais. Je dis au pape qu'il pouvait juger, par la connaissance que Je lui venais de donner, du procédé de Votre Majesté, combien il avait été sincère et obligeant pour lui, et avec quelle exactitude elle avait observé la suspension; et qu'il était fort surprenant que les mal intentionnés eussent voulu établir le contraire, et le porter à en parler dans le dernier consistoire, avec l'intention sans doute de causer une rupture, ce qui serait apparemment avoué; que ces gens-là, ayant vu leur coup manqué, en avaient tenté un autre, en voulant introduire, avec un grand éclat et grand bruit, dans la dernière congrégation établie pour la régale, des théologiens et choisis un à un par Favoriti et par Azzolin chez la reine de Suède, dont les uns dépendaient d'elle, les autres du cardinal Azzolin, et les autres amis de Favoriti, lui expliquant cela en détail; que même Favoriti avait voulu voir leurs vœux, et n'en ayant pas trouvé quelques-uns à sa fantaisie, c'est-à-dire pas propres pour causer une rupture, il les avait fait corriger en sa présence. Sa Sainteté répondit que ces deux choses dont je parlais n'avaient point eu d'effet; que, de son côté, il n'avait rien fait depuis la suspension ; qu'il était bien dur qu'elle ne pût pas seulement consulter, ajoutant d'un ton un peu plus bas : Favoriti non fa maie, et que je ne devais ajouter créance aux rapports que l'on m'avait faits. Je lui répliquai que j'étais bien informé de ce que j'avais l'honneur de lui dire, et que, si les extrémités où on l'avait voulu porter n'avaient point eu de suites, on ne devait l'attribuer qu'à sa bonté et aux bons sentiments que je
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ne doutais pas qu'elle n'eut pour Votre Majesté. Le pape répéta qu'il était fort extraordinaire qu'on voulût l'empêcher de consulter ceux qu'il lui plairait. Je lui répondis que nous ne nous étions plaints que du vacarme avec lequel on avait voulu introduire ces théologiens; que je la suppliais très humblement de me permettre de lui dire, par le respect et l'amour que j'avais pour sa personne sacrée, qu'il était incompréhensible qu'un si bon pape, si saint et si éclairé, pût avoir une entière confiance, et particulièrement pour les affaires de France, enun homme comme Favoriti, dont la vie était aussi infâme et aussi basse que sa naissance, et que je ferais connaître visiblement sur-le-champ à Sa Sainteté, s'il lui plaisait; et, quoique je le répétasse une seconde fois, elle ne me répondit rien. J'y ajoutai que Favoriti n'était nullement théologien ni versé dans les matières dont il s'agissait, et que tout son talent consistait à faire quelques vers latins. Sa Sainteté me dit seulement : Ma Favoriti non fa maie1. »
Cependant, au commencement de septembre, Favoriti tomba malade. Une « légère incommodité à la jambe » l'obligea à garder le lit. « Sa Sainteté, écrivit Servient le J 1, en a beaucoup de soin, s'en informant trois ou quatre fois par jour... Elle lui a donné une nouvelle pension2. » On voit que, si le pape lui enlevait publiquement d'une main, pour justifier sa réputation de sévérité, il lui donnait largement de l'autre en particulier. A cette époque, Favoriti continuait à se vanter qu'il serait cardinal; ce qui détermina le duc d'Estrées à répliquer qu'une telle nomination « déshonorerait ce pontificat, » et qu'il ferait tout pour l'empêcher3. Le 22 octobre, Servient manda à Croissy que Favoriti voulait publier un écrit venu de Flandre, afin de discréditer le cardinal de Luca, mais