Le même au même, le 31 août 1677 (ibid., p
4. Le même au même, le 7 septembre 1677 (ibid., t. CCLIII, p. 6-23).
5. Bourlemont à Pomponne, le 22 septembre 1677 (ibid., p. 68).
cette année 1677, il fut comme l'âme de Sa Sainteté, qu'il charma et séduisit par son ardeur et son feu sacré. Cibo, se voyant effacé par lui, jalousa naturellement son influence croissante; il parut blâmer un livre récent, que Luca fit imprimer, sous le titre de Miscellanea, sans la permission du maître du sacré palais. La publication de cet ouvrage fut un coup très bien monté, dont le bon duc d'Estréesne parut pas même se douter. Gomme l'auteur attaquait certaines idées chères à Louis XIV, le pape ne voulait pas le voir se munir de l'autorisation officielle du sacré palais; mais, en adversaire de Louis XIV, il désirait naturellement que la publication eut lieu. Cibo parla alors au duc d'Estrées dans le sens des droits du maître du sacré palais; Luca, pendant ce temps, agissait; et, quand le livre fut terminé, le pape fit dire par Cibo au duc d'Estrées qu'il était « mal satisfait » du procédé et de l'imprudence de M. de Luca1. Mais tout le monde, excepté le duc d'Estrées, devait savoir qu'un conseiller intime du pape ne se serait jamais permis de publier un ouvrage, sans s'être mis auparavant d'accord avec le pape même.
Vers le 15 janvier 1678, le duc témoigna au pape du mécontentement de ce livre de M. de Luca. « Sa Sainteté me répondit, dit le duc, que M. de Luca n'avait point eu, en composant ce livre, de méchantes intentions pour la France...; qu'il y avait longtemps qu'il connaissait M. de Luca, qui avait été son avocat. » Le pape ajouta que l'ambassadeur d'Espagne s'était aussi plaint de M. de Luca. Mais le duc répliqua que ces plaintes de l'ambassadeur d'Espagne « étaient affectées et faites de concert, afin que M. de Luca fût plus en état de servir l'Espagne, et que la grâce des décimes en était une grande marque 2. »
Le zèle de ce prélat plut à la reine de Suède, qui en
1. Voy. les dépêches du duc d'Estrées au roi, les 1 et 5 janvier 1078 {Correspondance de Rome, t. CCLV, p. 9-20, 2i-38).
2. Le môme au même, le 18 janvier 1078 (ibid., p. 67-72, L20- 131).
fit un grand éloge, et qui insinua au pape de le nommer cardinal. Sa raillerie était, non moins que son zèle, agréable au pape et à don Livio; et, quoique fort opposé au prélat Altoniti, il ne trouvait pas mauvais d'accepter ses invitations et ses superbes collations à sa vigne, où se trouvaient plusieurs dames, invitées aussi pour voir les courses de bateaux.
En octobre 1678, il publia un nouvel écrit, tendant à démontrer que le pape neMevait pas songer, dans la première promotion de cardinaux, aux sujets des couronnes. « L'on ne doute pas, écrivit le duc d'Estrées à Louis XIV, que le principal motif qu'il a eu n'ait été son propre intérêt, parce qu'il pourrait prétendre plus aisément au cardinalat, lorsque le nombre des chapeaux vacants serait entièrement destiné pour des Italiens. L'on veut aussi qu'il ait eu quelque vue de concilier les prélats de cette cour, lesquels il traite le plus souvent avec rudesse et hauteur, quand ils ont affaire à lui1.» Cette exclusion des candidats des couronnes était vivement désirée par le pape. Aussi Luca grandit-il dans l'esprit de Sa Sainteté, et, en mars 1679, lorsque le duc d'Estrées demanda au pape à qui il devait communiquer ses documents touchant les urbanistes, le pape désigna Luca2.
C'est alors qu'éclata la brouille plus ou moins sincère entre Luca et Favoriti. Innocent XI, tout en étant fort uni àFavoriti, ne le resta pas moins àLuca, qui ne perdit de son influence que relativement, eu égard aux propositions modérées qu'il fit, à partir de cette époque ; propositions que le pape voulait voir émettre dans son entourage, afin de calmer la France, mais qu'il ne voulait ni accepter ni pratiquer. Cette division entre ces deux ministres servit à préciser davantage leurs missions diplomatiques, leurs attitudes diverses et la portée de leurs
1. Dépêche du 25 octobre 1678 (Correspondance de Rome, t. CCLVJH, p. 62-67).
2. Le duc d'Estrées au roi, le U mars 1679 (ibid., I. CGLIX, p. 278-289),
agissements opposés. Au lieu d'un chemin, Innocent XI en eut deux pour arriver à son but.
Luca tint ferme sur la question de la promotion, et ce fut en vain que le duc d'Estrées pria le pape d'en faire une au gré de Louis XIV l. En mars 1680, Luca réussit avec le commissaire de la chambre à déterminer le pape, malgré Cibo, Favoriti et Spinola, à publier un nouvel édit contre les droits des ambassadeurs; éditdans lequel, dit le duc d'Estrées, « l'intérêt et la dignité du pape ne se rencontrent point "2 ». Luca fut un ennemi du jésuite Fabri, et, d'après le duc d'Estrées, il l'aurait « persécuté » et il aurait contribué à le faire priver de son emploi de recteur de la pénitencerie de Saint-Pierre 3.
Eu janvier 1681, les ennemis de Luca cherchèrent à faire condamner par lesaint office deux de ses livres, l'un contre les patentes du saint office, l'autre contre l'immunité des églises; le cardinal Ottoboni alla jusqu'à l'accuser d'hérésie, et jusqu'à prier le pape de le faire châtier 4. On voulait évidemment l'éloigner de la personne de Sa Sainteté et entraver son cardinalat. Favoriti était naturellement du complot, et, comme Cibo ne sympathisait pas avec Favoriti, l'abbé de Servient parvint à réunir Cibo et Luca contre Favoriti, grâce à un ami qui était précisément le principal confident de Luca ît. Ce n'était une volte-face ni de la part de Luca ni de la part de Cibo, mais c'était une union qui devait se faire tôt ou lard par la nature même de leurs tendances. Les dépêches sui-
1. Le môme au môme, le 12 décembre 1679 (Correspondance cl Rome, t. CCLX11I, p. 170-179).
2. Le môme au môme, le G mars 1G80 (ibid., t. CCLXV, p. 133- 142).
3. Le même au môme, le 28 août 1680 [ibid., t. CCLXVI, p. 181- 190).
4. Le môme au môme, le 11 janvier 1G81 {ibid., t. CCLXX1, p. 22-34).
5. Servient à Croissy, le 12 février 1681 (ibid., t. CCXXV, p. 65-70).
vantes démontreront que plus Luca s'est vu attaqué par les partisans des moyens extrêmes, plus il s'est modéré, s'est rapproché de Cibo, et a incliné, extérieurement du moins, vers un accommodement avec la France. Ce n'était qu'une tactique diplomatique, carie fond des doctrines et des principes était le même entre lui et Favoriti; mais l'application de ces doctrines et le point de vue opportuniste différaient.
De même que Favoriti avait derrière lui Azzolini, ainsi celui-ci traînait à sa suite la reine de Suède. Il fallait donc s'attendre à ce que cette princesse poursuivît M. de Lùca. Elle n'y manqua pas. Pendant que Favoriti et ses amis exploitaient les deux livres susnommés, elle prit prétexte de l'interdiction des comédies au collège fondé par Clément VIII ; elle fit retomber cette interdiction sur Luca comme sur son inspirateur, et elle le traita comme un laquais, sauf à lui en témoigner ensuite du déplaisir. Mais Luca, qui était, dit le duc d'Estrées, « un des hommes du monde le plus glorieux », n'oublia sans doute rien *.
Cette petite tempête dans le conseil intime du pape fit croire au duc d'Estrées que Luca était, en février 1681, « bien intentionné pour l'accommodement de l'affaire de la régale », et qu'il entraînerait à son avis le cardinal Ludovisio, bien que ce cardinal fût de la faction d'Espagne2. Le 29 mars, le duc écrivit à Louis XIV qu'il « ménagerait en ce qu'il pourrait M. de Luca », dont il loua les bonnes intentions3. Au mois de juin suivant, Luca parla au pape pendant une heure sur les affaires de France, et lui « fit voir les abîmes ouverts dans la conduite où on l'avait engagé et la nécessité d'en
1. Le duc d'Estrées au roi, les 25 février elll mars 1681 (Correspondance de Rome, t. CCLXX1, p. 119-135, 139-156).
2. Le môme au môme, le 28 février 1681, post-scriptum du 1er mars (ibid , p. 95-118).