Ibid., t. CCLXXX, p
sien, lorsqu'il s'agissait de choses hostiles à la France; il n'avait pas le courage de défendre en face sa propre administration, et il préférait se donner l'air bonasse d'un homme qui ne sait pas ou qui est trompé. « Je ne puis faire un fondement entier, écrivit le cardinal d'Estrées, sur les notions de ce cardinal, car je lui apprends quelquefois des choses qu'il ignore, quoiqu'il loge au palais1.» Et le 4 juin, le même cardinal d'Estrées ajouta que Cibo était de plus en plus discrédité pour sa faiblesse et qu'il jouait un rôle presque nul au palais2. Ce rôle paraissait nul au cardinal d'Estrées, mais il ne l'était pas; il était fécond en résultats avantageux pour la politique austroespagnole et pour l'accroissement du système romaniste. « Il paraîtrait par ce qui m'en est revenu, écrivit Servient le 2 juin, que nos secrets ne sont pas plutôt confiés au cardinal Cibo, qu'ils passent à nos ennemis par la communication que Cibo en donne à Sa Sainteté, ce qui indique une ruine presque évidente de toutes les négociations qu'on pourrait faire par cette voie 3. » Servient répéta la même opinion dans sa dépêche du 15 juin 1683 : « Le pape, dit-il, sait tout par Cibo, quoi que celui-ci en veuille dire4. »
D'après le cardinal d'Estrées, de Luca était même plus favorable à la France que Cibo, et cependant de Luca était un ennemi avéré des intérêts français. Le 16 juin 1682, en effet, le cardinal d'Estrées manda à Louis XIV que de Luca se plaignait de n'être pas assez secondé par Cibo pour pouvoir faire réussir le projet d'accommodement3. Et à peu près dans ce même temps, Cibo, parlant au duc d'Estrées, le félicitait d'avoir tenu un langage énergique
1. Le cardinal d'Estrées au roi, le 28 mai 1082 (Correspondance de Rome, t. CCLXXXII1, p. 300).