Ibid., t. CCXCVII, p
servir à l'exécution des projets du pape contre la France.
A en croire le cardinal d'Estrées, Cibo aurait eu « plus de bonne volonté que de connaissance de l'histoire ecclésiastique, » et il aurait même été obligé de recourir au savoir du commissaire du saint office et de quelques autres théologiens pour pouvoir parler de la régale avec le pape1. Ce n'était pas faire un grand éloge de sa science théologique que de la déclarer inférieure à sa bonne volonté. En juin 1685, le pape lui-même, qui cependant en savait peut-être encore moins que lui, se plaignit à un religieux espagnol que son secrétaire d'État « n'entendît pas assez ces matières2. » En tout cas, il mit tout son petit bagage théologique au service des idées romaines; il encouragea, par exemple, l'abbé de Lamont, à travailler « pour la défense du saint siège, » c'est-à-dire selon lui, à combattre les prétendues entreprises des évêques de France et les doctrines du Père Maimbourg3. C'est ainsi qu'en secret il s'appliquait à mériter les 18000 livres de pension que la bonté de Louis XIV lui faisait remettre secrètement chaque année! Aussi Servient, qui connaissait cette conduite, écrivit-il à Croissy, le 2 octobre 1685, qu'il fallait se méfier de la « duplicité naturelle » de Cibo4.
Cibo était satisfait de Laury, secrétaire de la nonciature de Paris, auteur de tant d'intrigues contre la cour de France et contre l'Église gallicane. En mai 1686, il continua avec le cardinal d'Estrées l'attitude qu'il avait prise dès le début avec le duc, et il lui fit la cour en lui parlant mal du pape et en le disant si insaisissable, qu'il « craignait tout d'un tel homme, sans raison même de
1. Le cardinal d'Estrées au roi, le 22 mars 1685 (Correspondance de Rome, t.CCXCIII, p. 371-392).
2. Le même au même, le 5 juin 1685 (ibid., t. CCXCIV, p. 75-90).
3. L'abbé de Lamont à l'abbé d'Enoff, le 2 mai 1685 {ibid., t. CCXCVI, p. 59-61).