‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 428 sur 473 · Ibid.,t. CCXCVII. p · texte numérisé non relu

Ibid.,t. CCXCVII. p

3. Servient à Croissy, le 10 juillet 1685 (ibid., p. 149-152).

4. Le duc d'Estrées au roi, le 18 septembre 1685 (ibid. t. CCXCVI, p. 145-147).

5. Le cardinal d'Estrées au roi, le 2 avril 1686 (ibid., t. CCXCIX, p. 167-174).

ambassadeur de France et le maintien des immunités de l'ambassade, c'est au cardinal Oltoboni qu'il fit communiquer en premier lieu son projet de bulle, et c'est aussi Ottoboni qui la signa le premier1. Cependant, tout ensachant la sympathie que le pape éprouvait pour Molinos et surtout pour le cardinal Petrucci, Ottoboni se distingua entre tous les cardinaux par son animation contre les quiétistes; ce fut lui et le cardinal Chigi qui déterminèrent la condamnation du quiétisme dans la forme qui lui fut donnée2. Bref, lorsqu'il fut question d'une condamnation, Ottoboni fut toujours au premier rang pour la provoquer, heureux de donner ainsi carrière et satisfaction à son esprit autoritaire, agressif, acariâtre et méticuleux.

Louis XIV, dans le mémoire qu'il remit en 1687 à Lavardinpourle cas d'un conclave, s'exprima ainsi à son sujet : « Le cardinal Ottobon, qui est aussi créature d'Innocent X, pourrait fonder sur son âge les espérances d'un pontificat. Son savoir, sa capacité, son application au travail, son esprit et la réputation qu'il a acquise dans les congrégations où il a été employé, l'en rendraient digne, si ces bonnes qualités n'étaient combattues par sa dureté, sa duplicité et son avarice, qui seront des obstacles aussi grands pour son exaltation que celui de son pays, aucun Vénitien n'ayant été pape depuis Paul II. Cette raison seule paraît suffisante pour l'empêcher de parvenir au pontificat, sans qu'il soit besoin d'une exclusion formelle de Sa Majesté, qu'il mériterait par Vanimosité qu'il a témoignée dans l affaire de la régale, et qui procédait de sa seule prévention touchant V autorité du saint siège, étant d'ailleurs indifférent pour les couronnes et ayant toujours conservé pour Sa Majesté tout le respect qu'il devait. Ainsi ledit sieur de Lavardin

1. Le cardinal d'Estrées au roi, le 1er mai 1687 (Correspondance de Rome, t. CCGIV, p. 13-31.)

2. Le même au même, le 1er juillet 1687 (ibid., p. 250-266.) .

ne devra se donner aucun mouvement pour ce qui regarde ce cardinal £. »

Ottoboni n'était point de cet avis; il se comptait parmi les cardinaux les plus papables, et, pour s'attirer la sympathie de ses collègues de la dernière promotion, il exhorta finement le pape, en septembre 1687, à leur accorder les secours matériels dont ils avaient besoin2, et son avis caustique ne fut point sans résultat3.

Plus on étudiait Ottoboni, plus on le trouvait fourbe, cupide et ambitieux. C'est ce qui arriva au cardinal d'Estrées, qui écrivit au roi, le 28 octobre, que son naturel était « double » ; que Lando ne prenait jamais au pied de la lettre ce qu'il lui disait; que le meilleur moyen de « châtier » ce cardinal coupable serait de faire savoir, de la part du roi de France, à la république de Venise, que Sa Majesté voulait que son ambassadeur Lavardin fût respecté par les chargés d'affaires de cette république. Ottoboni serait alors dans une fausse position : car, s'il désobéissait à la république, elle s'en vengerait ; et s'il lui obéissait, le pape lui retirerait sa confiance4. — Tout en poussant le pape à la résistance contre la France, Ottoboni avoua à l'un de ses familiers qu'il vaudrait mieux ne pas rompre avec Louis XIV, et lui rappela que la durée du démêlé d'Alexandre VII avait été cause de la perte de Candie5. Il cultivait ainsi le oui et le non.

En novembre 1687, Cibo étant devenu doyen du sacré collège et ayant par suite quitté l'évêché de Porto pour celui d'Ostie, Ottoboni passa de celui de Frascati à

[j 1. Correspondance de Rome, t. CGCVI1, p. 91-102.

2. Le cardinal d'Estrées au roi, le 23 septembre 1687 (ibicl., t. CCCV,p. 241-265).

3. Le même au même, le 4 novembre 1687 (ibid., t. GGGVI, p. 4- 23).

A. Ibid., t. CCCV, p. 392-420.

5. Le même au même, le 4 novembre 1G87 (ibid., t. CCCV1, p. 4-23).

celui de Porto1. Cette translation de siège lui remit en perspective la possibilité de son pontitificat ; et, ayant sans doute eu vent du peu de cas que le roi de France et le cardinal d'Estrées faisaient de lui, il voulut les apaiser à son égard. En février 1688 il proposa donc au pape d'établir une congrégation dans le but de négocier un ajustement avec Louis XIV2. Mais cette proposition n'engageait à rien, cette congrégation devant être libre de se prononcer dans un sens hostile à Sa Majesté. Il espérait bien que, si elle était instituée, elle agirait ainsi ; ses relations avec Casoni et avec la cabale antifrançaise étaient devenues, en mars 1688, si intimes, que sa république en conçut de l'ombrage et qu'elle lui adressa « une lettre très dure sur ce qu'il gardait trop de liaison avec Casoni et avec sa cabale opposée aux intérêts de Sa Majesté3. »

Ottoboni s'empressa de rassurer son gouvernement par de bonnes paroles, et il dit àLando qu'il agirait lui-même avec mesure, mais que le palais ne pourrait sans doute pas ne pas réagir contre l'arrêt du parlement de Paris *.

En juin 1688, le pape institua, pour examiner les propositions émises par la France, une commission, dont Ottoboni fit naturellement partie5 et dont les décisions furent naturellement aussi défavorables à ces propositions. Ottoboni, tout en agissant contre elles dans la commission, dit à Lando en juillet qu'il chercherait à éteindre le feu plutôt qu'à l'allumer6. D'après Lavardin, il

1. Le même au même, le 11 novembre 1687 (Correspondance de Rome, t. GCCVI, p. 41-54).

2. Le même au même, le 17 février 1688 (ibid., t. CCCXIII, p. 189- 205); — Lavardin au roi, le 24 février 1688 (ibid,, t. CCCX, p. 171- 183).

3. Lavardin au roi, le 23 mars 1688 (ibid., t. CCCX, p. 248-257).

4. Le cardinal d'Estrées au roi, le 18 avril 1688 (ibid., t. CCCXIII, p. 390-417).

5. Le même au même le 15 juin 1688 (ibid., t. CCCXIV, p. 206- 218).

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