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LE CARDINAL AZZOLINI. 543
parce qu'il était sujet du pape et que ses intérêts n'étaient pas séparés de ceux de Sa Sainteté. Servient pensa qu'un tel homme ne devait pas être « entrepris à demi, » et qu'il fallait s'y prendre habilement, car ce cardinal, afin de pouvoir nier tout ce qu'on lui imputait, ne laissait jamais de conseils écrits, pas même au palais. Lorsque le cardinal d'Estrées arriva à Rome, Servient se concerta avec lui pour savoir ce qui était à faire. Il fut convenu entre eux que Servient, qui avait avec Azzoiini un ami commun, entretiendrait cet ami, mais en ne s'ouvrant à lui qu' « un peu » seulement. A la suite de ces ouvertures, Servient fut convaincu qu'Azzolini considérait un engagement avec l'Espagne comme ruineux, qu'il préférait un engagement avec la France, et qu'en conséquence une liaision secrète avec le cardinal d'Estrées serait « fort pratiquable ». Servient remarqua avec justesse que «ceux qui veulent faire de nouvelles amitiés perdent souvent les anciennes et n'assurent pas les nouvelles, » et que par conséquent cette liaison nouvelle pourrait porter ombrage aux cardinaux Chigi et Rospigliosi. Il engagea le cardinal d'Estrées à n'être pas, tout d'abord, exigeant envers lui dans la visite qu'il lui ferait, et à accepter la liaison secrète qu'Azzolin s'engageait aussi, de son côté, à tenir absolument cachée. Le confident d'Azzolin assura Servient que ce cardinal serait sensible à « la compensation que le roi peut donner sur la régale, en contribuant à d'autres avantages du saint siège et de la religion1. » Telles étaient les bases d'entente préparées par Servient. Il paraît bien probable que, si cette entente se fût réalisée, le pontificat d'Innocent XI eût été beaucoup plus modéré, vu l'influence qu'Azzolini pouvait exercer sur la camarilla et sur le pape même, par la puissance de résistance et de ténacité dont.il était doué. Mais le cardinal d'Estrées l'avait en trop grande antipathie, et peut-être
1. Servient à Croissy, le?^ avril 1681 (Correspondance de Rome, t. CCLXXV, p. 207-216.)
tel LOUIS XI V ET INNOCENT XI.
même jalousait-il ses succès auprès de la curie : car lorsque Azzolini voulait entraver une affaire et paralyser un adversaire, ses intrigues secrètes étaient toujours efficaces. Le cardinal d'Estrées le sentait, sans pouvoir procéder avec la même habileté et sans pouvoir lui rendre dent pour dent. A la date du 31 mai 1681, Servient écrivit, en effet, à Croissy que le cardinal d'Estrées n'avait pas encore visité le cardinal Azzolini1. El cependant, le 10 juin, le duc avoua à Louis XIV que la reine de Suède et le cardinal Azzolini devenaient favorables aux affaires de France; croyant déjà à leurs bonnes intentions, il n'en attendait plus que les effets2. Enfin, le 16 juillet, le cardinal d'Estrées écrivit au roi qu'il avait vu le cardinal Azzolini et que celui-ci l'avait assuré de ses meilleurs sentiments. D'Estrées lui exposa les fondements de la régale, « qu'il avoua ne lui être pas connus et qu'il a dit depuis avoir touché son esprit, peut-être pour faire connaître que ce sont les raisons qui le rapprochent et non pas l'intérêt. » D'Estrées lui promit les bonnes grâces de Sa Majesté dans le seul cas où les affaires s'accommoderaient réellement, et Azzolini lui demanda le secret le plus absolu3. Le 30 juillet, Servient écrivit à Croissy qu'Azzolini avait retardé la constitution projetée par le pape, en conseillant un bref à Louis XIV avant de la publier; il pensa qu'Azzolini avait voulu par ce moyen faire gagner du temps et servir les intérêts français *. Le 5 août, le duc d'Estrées assura le roi que cette reine et ce cardinal parlaient bien de Sa Majesté depuis quelque temps, et que Sa Majesté pourrait avoir sujet d'être satisfaite de leur conduite5.
Cependant tel ne fut pas le sentiment du cardinal Ros-