‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 437 sur 473 · Ibid., t. CCLXXVI, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. CCLXXVI, p

la princesse Colonne, nièce de cet ambassadeur, et qui est attaché à la fortune du connétable comme un gentilhomme à gage; que c'est par cette raison que, dans les congrégations sur les cortèges, il a opiné à suivre... des tempéraments estimés également désavantageux pour nous..., et qu'enfin, après avoir ruiné par ses cabales l'union qu'on prétendait faire de la faction d'Altieri à celle du roi, il a fait nouvellement ses efforts pour exciter le pape à une nouvelle promotion désagréable à la France par l'inclusion de Favoriti, de M. Arnaud, d'un prince de la maison de Médicis, ordinaire chef de la faction espagnole, d'un des princes de Neubourg beau-frère de l'empereur, de plusieurs autres sujets dépendants d'Espagne ou brouillons, et sans aucun égard pour la nomination des couronnes, le tout pour en exclure les deux Français qui s'y trouveraient naturellement. » Aussi le cardinal d'Estrées prit-il avec lui un air « sec et sérieux. » Celui-ci s'en aperçut et il fit dire à Servient que, bien qu'il ne pût violer le secret sur les affaires de la régale, il serait « toujours serviteur très respectueux et très soumis de la personne auguste du roi et de sa couronne, et qu'il le marquerait dans toutes les rencontres où V intérêt du pape, du saint siège et de VEglise universelle ne serait point engagé. » L'ami d'Azzolini, qui était en même temps l'ami de Servient, dit à celui-ci que le cardinal d'Estrées « soutenait ici les intérêts prétendus de sa patrie, dans l'occasion de la dernière résolution du clergé sur des propositions si impies, si détestables, si téméraires et si schismatiques, qu'aucun ecclésiastique, selon lui, ne pouvait les soutenir sans infamie dans ce monde et sans réprobation dans l'autre, et qu'aucun homme de cette cour, le plus favorable pour nous et le plus contraire au présent pontificat, ne pouvait s'empêcher de détester pulDliquement et sans contrainte; que, si sur ce pied son Eminence voulait continuer dans la liaison qu'on avait commencée, elle en serait la maîtresse; et que, si elle voulait rompre, il imiterait parfaitement son procédé, et se réglerait, pour

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le fond et les apparences extérieures, sur le plus ou le moins de civilité ou de sécheresse de son Eminence; mais que, quoi qu'il arrivât, il serait toujours attaché aux véritables intérêts du roi, qui, selon lui, étaient inséparables de ceux du saint siège et du pape, puisque l'union et la soumission de l'Eglise de France aux souverains pontifes était plus avantageuse à la monarchie française et à nos rois qu'elle ne l'était au saint siège, par une infinité de raisons trop connues, dit-il, trop longues et trop claires pour les rapporter. » Azzolini fit dire également qu'il ne manquerait jamais « à son devoir et à sa conscience, comme sujet qu'il est né du pape et comme conseiller de Sa Sainteté en vertu de son cardinalat1. »

Ce dernier trait le peint tout entier. En fait de conscience, il ne connut que celle du sujet du pape et celle du cardinal, mais il ignora celle de l'homme et celle du chrétien; il n'en dit mot, ne se doutant même pas de leur existence. Après lui, le pape était tout.

Le cardinal d'Estrées se détermina pour la rupture et il l'en fit avertir par Servient. Dans sa dépêche des 2 et 3 mai, il manda au roi qu'il avait signalé au cardinal Azzolini ses nouveaux emportements contre la déclaration du clergé et son manque de parole, et il engagea Sa Majesté à songer à faire châtier « deux hommes si envenimés, » c'est-à-dire Azzolini et Favorili2. Ces deux personnages furent très unis dans leur opposition à toutes les affaires de France, surtout en 1682; on les retrouve partout, inséparables dans leur haine comme dans leur activité. Le4juin de cette même année, Servient les signala comme « plus déchaînés que jamais depuis la nouvelle rupture de M. le cardinal d'Estrées avec le premier, et depuis son refus de traiter avec le second parla voie du cardinal de Norfolk et sa préférence du commerce ou du traité avec deLuca3.»

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