Ibid
de Molinos, comme elle avait suivi son emportement dans celle de Noël Alexandre. Lorsqu'elle vit que ce cardinal protégeait Molinos, elle en fut enthousiaste; et lorsqu'elle s'aperçut qu'Azzolini, en présence de la condamnation du saint -office, devenait plus modéré, silencieux, mortifié et embarrassé, elle devint à son tour froide et presque hostile1.
Lorsqu'elle avait eu une audience du pape ou reçu quelque nouvelle, elle ne manquait pas d'en faire part au cardinal ; en sorte qu'ils mettaient le plus possible en commun. En mai 1687, Azzolini fut menacé d'un ulcère dans le nez et d'une opération qui le défigurerait. Néanmoins, dit le cardinal d'Estrées, « il va tous les jours chez la reine Christine, mais seulement l'après-dîner,et se retire toujours une heure ou deux avant la nuit2. » Le 1er juillet, le cardinal d'Estrées ajouta que le cardinal Azzolini allait mieux, mais toutefois qu'il ne sortait que pour aller chez la reine, et « qu'il avait même abandonné cette prière qu'il allait faire dans l'église Saint-Pierre, et qu'il n'avait jamais interrompue depuis six ou sept ans3. » Le 24 janvier 1688, le cardinal d'Estrées se plaignit que cette princesse et Azzolini fussent toujours inféodés l'un à l'autre4.
Bien portants, ils se voyaient tous les jours; malades, ils ne se quittaient pour ainsi dire point. On lit dans la dépêche de Lavardin du 22 février 1689 : « La reine de Suède est fort enflée jusques à la ceinture et a de grandes oppressions... Azzolin l'obsède et ne la quitte pas de vue, et, quand il la quitte, y laisse son neveu. Jamais l'avidité des vautours n'a veillé sa proie avec plus de vigilance... Elle a fait son testament il y a plus de vingt deux ans, où elle donnait presque tout au cardinal Azzolin5. » Le
1. Le cardinal d'Estrées au roi, le 11 septembre 1685 (Correspondance de Rome, t. CCXC1V, p. 240-250).
2. Le même au même, le 26 mai 1687 (ibid., t. CCCIV, p. 402- 22).