Dépêche du 5 avril 1679 (ibid., t. CCLX, p
que le pape est « sans doctrine et sans expérience », qu'il « soupçonne tout ceux qui s'attachent à la solidité des intérêts du saint siège et à la tranquillité et au maintien du christianisme », qu'il « leur préfère de vains esprits ». « Les douceurs du pape, ajoute- t-il, sont toujours mêlées de maximes dures, et qui paraissent toujours porter le fond de l'affaire au but de ses conseillers et cacher le serpent sous les fleurs l. »
Le marquis de Lavardin manifesta ses sentiments d'une manière moins couverte; quoique ambassadeur, il était laïque et tenu à moins d'égards, dans ses expressions, qu'un cardinal et qu'un camérier. Lorsqu'il disait du bien du pape, c'était par diplomatie; il en avertit lui-même le roi en ces termes : « J'exagère mes sentiments de vénération pour la piété du pape, dans les endroits par où je crois que cela lui doit retourner2. » Lorsqu'il ne les exagère pas, il s'exprime ainsi : « Pour parler nettement, le pape est un vieux fou, entièrement gouverné par Casoni, qui est plein de venin et de fureur contre Votre Majesté; mon devoir me force à parler de cette sorte3... Les cardinaux tombent dans une espèce de léthargie, et disent publiquement que parler au pape c'est se casser la tête contre la muraille. J'en ai toujours parlé avec une circonspection infinie. Tout cela ne l'apaise point; enfin c'est un fagot d'épines, que l'on ne sait par où prendre ni par où manier. Il ne prend conseil de personne ; et, quand il le prend, c'est pour ne le pas suivre s'il n'est conforme au sien4... Le pape est le plus opiniâtre et souvent le plus déraisonnable des hommes5... Je crois présentement Votre Majesté et même le public assez désabusé sur son sujet,
1. Dépèche du 24 septembre 1682 (Correspondance de Rome, t. CGLXXXI, 2esuppl. de 1682, p. 232-240).
2. Dépèche du 5 novembre 1687 (ibid., t. CCCVII, p. 195-202). :i. Dépêche du 28 décembre 1687 {ibid., p. 362-371).
4. Dépêche à M. de Croissy, le 28 décembre 1687 (ibid., p. 372-