‹ Louis XIV et Innocent XIChapitre 453 sur 473 · Ibid., t. CCLI, p. 39-40. Cf p · texte numérisé non relu

Ibid., t. CCLI, p. 39-40. Cf p

voulait, d'une part, obtenir de Louis XIV des secours d'argent, et, d'autre part, réconcilier Altieri avec lui. Altieri réconcilié avec le roi de France serait redevenu puissant, et Altieri reconnaissant l'aurait mise en plus grande évidence; peut-être même aurait-elle assuré ainsi le pontificat d'Azzolini, et, par conséquent, le sien propre, ce qui eût mis le comble à son ambition. Quant aux services à rendre à Louis XIV, ils auraient été subordonnés à ceux que la petite coterie voulait d'abord se rendre à elle-même. Altieri et Azzolini n'étaient pas hommes à s'oublier.

On peut se faire une idée exacte de ce qu'étaient les académies de cette reine, par une lettre du Père Pierre Poussines, jésuite, lettre qui fut écrite à Rome le 27 juillet 1677, remise au duc d'Estrées et envoyée par celui-ci le même jour à Louis XIV. En voici le texte, d'après l'original même :

« Monseigneur, pour obéir au commandement de Votre Excellence, j'ai à lui dire : qu'avant hier dimanche, 25 du courant mois de juillet, ayant été appelé à une assemblée d'académie secrète chez la reine de Suède, j'y vis incorporer à la dite académie le R. Père Christianus Lupus, de l'ordre de Saint-Augustin, docteur de Louvain. Après l'élection faite en forme, il fut introduit et prit place dans l'assemblée, où, pendant environ deux heures, Sa Majesté s'entretint familièrement avec ses académiciens sur divers sujets.

j> 11 s'y fit mention du roi à l'occasion de certaine épître dédicatoire d'un livre nouveau dédié à luy qui feut la produit (sic). Sur cela, le Père Lupus ayant pris place à parler, dit : que le royaume de France est sujet à l'empire, au moins de droit, encore que de fait il ait voulu secouer ce joug depuis le roi Louis XI, duquel temps en ça les rois de France portent la couronne close, ce qu'ils ne faisaient pas auparavant, se professant par là soumis à l'empereur et dépendants de lui.

» Toute l'assistance s'éleva soudain contre cette pro-

position : que monseigneur de Luca, auditeur du pape, qui tenait le premier rang à la gauche de la reine, se prit à réfuter fortement : montra que, dès le premier établissement de leur monarchie, les Français avaient toujours été très indépendants des empereurs romains, sur lesquels ils conquirent les Gaules. Il continua par la suite de l'histoire de faire voir qu'ils s'étaient toujours maintenus en cette liberté : qu'ils ont encore plus évidente à l'égard des derniers empereurs d'Allemagne. La reine prouva la même chose; et pour détruire le fondement du Père Lupus, pris de la couronne non close des rois de France jusqu'à Louis XJ, s'en remettant de la vérité du fait, elle dit : qu'il est très faux que la couronne non close signifie subjection : puisqu'on voit dans les anciennes médailles que l'empereur Auguste, Tibère, Caligula et autres ne portent que des couronnes à rayons, ouvertes par dessus.

» De là à quelque temps, le discours porta à certaine mention des hommages rendus aux rois de France par ceux d'Angleterre, à raison de certaines terres qu'ils tenaient d'eux en fief, en Normandie et en Guienne. Sur cela, le Père Lupus trouva bon de faire une seconde saillie, disant que le roi d'Angleterre qui règne aujourd'hui se dit et s'écrit roi de France : et qu'il ne s'abstenait pas de ce titre, même se trouvant réfugié en France, au temps des persécutions qu'il souffrit du parlement et de Cromwell. Il ajoutait que ce titre est soutenu du droit, fondé, disait-il, sur certaine généalogie, qu'il commençait d'étaler, quand toute la compagnie se souleva contre lui, témoignant de l'horreur de ce qu'il avançait sans aucune apparence de raison. Surtout on lui cria qu'il semblait ignorer la loi salique. Et depuis, on ne lui donna plus lieu de parler.

» C'est, monseigneur, ce que je vis et ouis en cette occasion, dont j'ai cru devoir rendre compte à Votre Excellence... Pierre Poussines, de la comp. de Jésus1, v

Il n'est pas probable que la reine de Suède ait admis

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