Ibid
même temps, elle cherchait cependant à flatter le pape généalogiquement, prétendant qu'il était de la famille du moine Godescalcus du neuvième siècle, qu'on avait ôté la première lettre de son nom à cause de son hérésie, et que « le pape vengeait, disait-elle, aujourd'hui ce digne ancêtre du traitement qu'il avait reçu en France. » « Comme elle était fort irritée contre le pape, ajoute Servient, elle se divertissait à de pareilles découvertes fausses ou véritables1. » Servient, en mentionnant cette irritation contre le pape, y a peut-être cru trop facilement en cette circonstance ; son désir de voir Azzolini et par conséquent la reine de Suède attachés à la France, l'induisit en erreur pendant quelques jours, et il opina que les avances de cette reine au cardinal d'Estrées « semblaient ne permettre aucun doute sur sa sincérité2. » Le cardinal Rospigliosi fut plus clairvoyant, et il avertit le duc d'Estrées que, si cette reine était plus modérée dans son langage, ses sentiments contre la France n'en persistaient pas moins. La reine insista pour duper Servient; elle le fit appeler et l'assura qu'elle voulait tout faire pour être bien avec le roi 'à. Et cependant, elle était toujours « fort unie avec Favoriti4. » Au commencement d'avril 1682, elle fit encore dire à Servient que le cardinal Azzolini avait cherché à satisfaire Louis XIV, dans les quatre congrégations qui s'étaient tenues sur la régale3. Mais Servient, tout en conservant ses relations avec le confident d' Azzolini et avec celui de Favoriti, ne se fit aucune illusion sur ses vrais sentiments. Le pape ayant publié le 2 avril 1682 un bref hostile à la France, elle en fit « donner mille louanges
1. Servient à Croissy, le 30 juillet 1681 (Correspondance de Rome, t. CCLXXVI p. 36-44).