Ibid., p
6. Dépêche du duc d'Estrées au roi, le 30 mars 1677 (ibid., t. CCL1, p. 79-91).
dissimula pas son mécontentement. Dans sa dépêche du 8 octobre 1081, le duc d'Estrées raconta an roi que le pape était allé à Sainte-Marie-Majeure, et que, malgré la joie que les Romains auraient dû éprouver de la récente promotion de seize cardinaux, un seul homme avait crié : « Viva Jrtnocenzioundecimo1. » Dans une dépêche du 30 avril 1682, le même duc écrivit : « Sa Sainteté ne laisse pas d'appréhender toujours un désordre ou plutôt une émotion générale dans Rome, s'il arrivait quelque chose entre les ambassadeurs de France et d'Espagne. Et ce n'est pas sans raison, y ayant une si grande misère et une si grande aliénation pour la personne du pape et pour le gouvernement, qu'on ne sait pas si la fureur du peuple ne tomberait pas d'abord sur son palais où loge doni Livio. » — L'abbé de Servient, dans un mémoire du 8 octobre 1682, dit que le pape «est ici frondé de tous côtés par des pasquinades et des écrits apocryphes. » « Les gens sensés, ajoute-t-il, sont partagés entre l'étonnement et la moquerie, et plaignent Sa Béatitude, dont le zèle ou le naturel mal éclairé donnent tant de prises aux hérétiques et à tous ceux qui par des raisons particulières pourraient être excités à quelque ressentiment2.» Le duc d'Estrées écrivit au roi, le 28 octobre 1682 : « Le pape a fait depuis peu une chose qui n'a pas diminué la haine que ses sujets ont pour lui et pour le gouvernement; il a aboli un mont dit Salé, etc. » Le 12 novembre, il ajouta « qu'il ne fallait pas s'étonner si Sa Sainteté était haïe au dernier point à Rome et ailleurs, que c'était avec beaucoup de raison. » On lit dans une dépêche de l'abbé de Servient, datée du 15 juin 1683 : « Le feu cardinal Impérial causa l'exclusion du pape après la mort de Clément IX, et le pontificat de Clément X aôlé six ans à celui de Sa Sainteté. Sur cette observation on trouva, il y a quelques jours, un carton qui couvrait toute l'épitaphe
1 Correspondance de Rome, t. CCLXXII, p. 253-2f>0. "2. Ibidr, t. (XLXXXII, 3e suppl. de 1684, p. 8-13.
de son tombeau et où l'on voyait ces mots en grandes lettres : « Urbis et orbis per sexennium Liberatori. » Le pape en a été dans un extrême chagrin1. » En 1685, le duc d'Estrées manda à Louis XIV que le pape s'était montré Ja veille de Saint-Pierre, qu'à sa vue une foule de monde poussa des cris, mais que ce n'était pas des vivats comme à Clément IX :« c'était sur la réduction générale des monts et pour représenter leur misère2. » « La misère, ajouta-t-il, est déjà très grande à Rome, et le gouvernement odieux, et haï extrêmement3. » Le 12 juillet 1689, le cardinal d'Estrées dit aussi : « Pour diminuer la haine du pontificat et l'aversion qui tombera sur dom Livio, » Mugiaschi, maître de chambre du pape, a eu la pensée de faire diminuer quelque peu le chiffre des gabelles, mais le pape n'a pas pu signer4. Enfin, dans une lettre écrite de Rome par l'abbé Sanctis le 22 août 1689, il est dit : « On a voulu répandre le bruit de miracles que faisait le pape après sa mort. La crédulité du peuple y attira un grand concours. Les miracles furent qu'aussitôt que le pape fut dépouillé, plusieurs furent foulés aux pieds et estropiés, et d'autres furent frappés mortellement de l 'infection qui sortait de son corps; ce qui détrompa bientôt le peuple de sa superstition16. »
Les correspondances diplomatiques, du moins celles de France, contiennent peu de détails sur la vie d'Innocent XI antérieure à son pontificat; ceux qui sont indiqués n'en sont que plus précieux.