Ibid., t, CCXCIX, p
inséparable de l'hyprocrisie et de l'irrésolution. D'après le cardinal d'Estrées, le pape « ne se fiait pas même à ses créatures1. » Dans sa dépêche du 23 juillet 1682, le duc d'Estrées se plaignit que le pape fût « si susceptible de soupçon. » Il écrivit encore : « Avec un homme aussi soupçonneux et susceptible des impressions des méchants qu'est le pape, l'on ne peut s'assurer de rien2. » Le cardinal d'Estrées revint à plusieurs reprises sur la nature cachée et capricieuse du pape3.
Autant le pape était méfiant, autant il était peureux. Il est vrai qu'il était homme à abuser des égards et des ménagements qu'on avait pour lui, et même à affecter de la domination envers quiconque lui parlait humblement; mais, dès qu'on le prenait sur le même ton et qu'on lui répliquait avec fermeté, il devenait timide, craintif, et cédait de ses prétentions. En août 1682, il établit, malgré la suspension des affaires, une congrégation de théologiens dans le but de faire qualifier les propositions de l'assemblée du clergé de France; le cardinal d'Estrées, à cette nouvelle, pria le cardinal Cybo d'insister auprès du pape pour que cette congrégation fût dissoute. Le pape n'y consentit pas. Le cardinal d'Estrées demanda alors à lui parler, mais son maître de chambre ne le reçut pas, prétextant que Sa Sainteté dormait encore. Le cardinal rentra chez lui et dicta une lettre qu'il fit remettre incontinent au pape. Celui-ci, intimidé, fit ordonner aussitôt par Favoriti que les théologiens n'entrassent pas à la congrégation et que les cardinaux se séparassent après une demi-heure4. C'est ainsi qu'on le maîtrisait par l'énergie.
1. Dépêche du 20 février 1682 (Correspondance de Rome, t. CCLXXX1II, p. 72-96).