Ibid., t. CCLIV, p
chrétienté; il chercha à briser, dans cet ordre d'idées, tout ce qui lui fit obstacle. Les dépèches, sur ce point, abondent en détails significatifs.
La France fut son principal point de mire. Toutes les questions qu'il traita avec elle furent transformées par lui en conflits, dans lesquels il voulait vaincre sans entendre raison. Plus diplomate et plus modeste en apparence que Louis XIV, il fut dans le fond beaucoup plus hautain et plus tenace. Il chercha à dominer sur les couvents de France et à soustraire au roi ses droits de régale; plusieurs de ses édits et de ses brefs furent de véritables déclarations de guerre. L'inflexibilité de son ambition fut surtout manifeste dans les débats relatifs à l'assemblée de 1682 et aux immunités des ambassadeurs à Rome. A propos de celles-ci, le duc d'Estrées écrivait déjà le 3 août 1677 : « Ce qui est de plus surprenant, c'est que, dans le temps que le pape fait parler aux princes sur le sujet des immunités et des franchises de leurs ambassadeurs, Sa Sainteté décide, ou son camerlingue, par un édit public et affiché, avant qu'ils aient pris leur résolution et ordonné à leurs ambassadeurs de la déclarer et de l'exécuter1. » Dix ans plus tard, Innocent XI leva des troupes et joua au militaire pour tenir tête au marquis de Lavardin. Autant il maltraita ce dernier comme ambassadeur de France, autant il fut susceptible à l'endroit des honneurs dus à son nonce à Paris, M. Varesi, à l'auditeur Lauri, et au nonce Ranucci; en 1680, il menaça même de rappeler Lauri, si l'on refusait de lui donner la main à la cour2. — Dans l'affaire des promotions, il poussa le mépris des couronnes jusqu'à la moquerie; le duc d'Estrées, qui fut en partie l'objet de cette moquerie, en fournit la preuve, naïvement et sans s'en douter, dans sa dépêche du 10 septembre 1681, où il raconta au