Correspondance de Rome, t. CCL1I, p
2. Dépêche du duc d'Estrées au roi, le 1er juin 16S0 {ibid., t. CCLXV, p. 294-31G).
roi qu'il avait vu le pape, qu'il lui avait parlé de la promotion du 1er septembre, qu'il avait loué le choix des seize cardinaux promus. Les candidats des couronnes n'en faisaient cependant pas partie ; mais comme il y avait encore dix chapeaux vacants, le duc espérait que la promotion des couronnes se ferait avec la nomination à ces dix chapeaux. Le duc s'en exprima ainsi : « Ayant dit à Sa Sainteté que j'espérais que nous en verrions bientôt une autre qui s'étendrait au delà de l'Italie et serait approuvée de toute l'Europe, elle se mit fort à rire et ne s'expliqua de rien1. » Sept jours après, le duc entretint de nouveau le pape de la promotion des couronnes : « Sa Sainteté me dit en riant que les dix chapeaux qui étaient vacants étaient un appendice des seize. Je lui répondis que Sa Sainteté ne parlait point assurément comme elle le pensait, que je ne l'aurais pas tant louée sur son désintéressement..., si je n'en avais compté une partie pour les couronnes2. » Mais le pape, qui voulait jouer la France et Louis XIV, ne promit rien.
Les affaires des urbanistes, de Charonne, de Besançon, etc., mirent aussi l'ambition d'Innocent XI dans tout son jour.
Ouoique l'empereur Léopold fût généralement au mieux avec le pape, cependant celui-ci ne se laissa jamais léser par lui dans ses prétentions. On peut citer, entre autres, le fait suivant, rapporté par le duc d'Estrées dans sa dépêche du 23 décembre 1682. L'empereur ordonna l'imposition du centième denier sur tous les biens, ecclésiastiques ou autres, situés dans les pays héréditaires, et cela, sans s'être entendu préalablement avec les prélats. Le pape, à cette nouvelle, entra « dans une extrême colère, la regarda comme une grande entreprise sur son autorité et sur les immunités de l'Église; » il réunit une congrégation de cardinaux à ce
1 Correspondance de Rome, t. CCLXxlI, p. 141—169. 2. IbuL, p. 189-209.
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sujet, et « la pluralité des voix fut que Sa Sainteté pouvait, dans le pressant besoin qu'avait l'empereur d'être secouru, confirmer cette imposition ; » mais le pape refusa.
Malgré son attachement à la cour d'Espagne, Innocent XI poussa la susceptibilité envers elle jusqu'au ridicule. Ainsi, à l'occasion du mariage du roi, le marquis del Carpio, alors ambassadeur à Rome, fit chanter trentehuit Te Deum dans les églises et les couvents de Rome, mais aux dépens de ces églises et de ces couvents. Le pape en fut mécontent. « L'on prétend, écrivit le duc d'Estrées' qu'il veut faire une bulle pour défendre à toutes les églises, hormis aux nationales, de chanter des Te Deum sans sa permission1. »
Les rapports furent aussi quelquefois tendus entre Innocent XI et le vice-roi de Naples. On trouve les détails suivants dans les dépêches du duc d'Estrées à Louis XIV : — « Une religieuse d'un monastère au royaume de Naples qui dépend de l'abbaye du Mont-Cassin, s'étant trouvée grosse, le pape a ordonné au cardinal-vicaire de lui faire le procès, qui pour cet effet a envoyé une commission à l'abbé de cette abbaye comme l'ordinaire du lieu pour l'instruire. Mais lorsqu'il l'a voulu exécuter, l'on lui a signifié une défense du vice-roi de Naples, sur ce qu'il prétend que ce monastère est de fondation royale et sous la protection du roi son maître. L'on dit que Sa Sainteté menace le vice-roi de l'excommunier, s'il ne se désiste de ce qu'il a fait 2. » — Innocent XI prétendait avoir un pouvoir direct (dominium directum) sur le royaume de Naples3. — Au carnaval de 1686, une querelle s'éleva à Naples près du palais du nonce; les sbires s'emparèrent de plusieurs individus présents, parmi lesquels se trouvait un valet du fiscal de la nonciature. Le
1. Dépêche du 6 février 1680 (Correspondance deRome, t. CCLXV, p. 90-93).
2. Dépêche du 25 février 1681 (ibid., t. CCLXXI, p. 119-135).
3. Dépêche du 21 octobre 1684 (ibid., t. CCXOII, p. 284-295).
CARACTÈRE D'INNOCENT X l D'APRÈSSES ACTES. 115
nonce le réclama, mais Ledesma, régent de la vicairerie, refusa de le faire sortir de prison, et constata dans son procès-verbal qu'il avait été pris sur la porte du palais du nonce. Le vice-roi, pour en finir, ordonna qu'on le mit en liberté, disant qu'il avait été pris en un lieu où l'on devait porter du respect. Le nonce soutint, au contraire, qu'il avait été arrêté loin de son palais, et qu'on devait le relâcher comme jouissant d'une immunité personnelle, parce qu'il était son domestique. La congrégation de l'immunité ecclésiastique, de Rome, ayant été saisie de cette affaire, le cardinal Cybo et le cardinal Carpegna, préfet de cette congrégation, dirent qu'il n'avait droit qu'à une immunité locale, et que l'immunité ne pouvait pas passer aux domestiques du nonce. La congrégation fut unanime sur ce point. Néanmoins le pape soutint que l'immunité devait être considérée comme personnelle, et il dicta à Cybo une lettre au nonce, ordonnant à celui-ci de fulminer les censures. En conséquence, le mardi 15 octobre 1686, des censures furent affichées aux portes des églises contre le régent Ledesma, le juge et le notaire du tribunal royal de la vicairerie. Mais les excommuniés, se sentant peu atteints, fréquentèrent les églises comme si l'excommunication n'existait pas1. Le vice-roi fit sommer le nonce de la révoquer comme injuste, sous menace de se pourvoir contre lui2. A la date du 3 décembre, il ne s'était rien fait de nouveau à ce sujet, mais le pape était g fort en colère, de ce que Ledesma, contre qui on avait publié l'excommunication, entendait tous les jours la messe 3. » Dans sa dépêche au roi, du 3 juin 1687, le cardinal d'Estrées raconta, comme fait récent, que le vice-roi, « voulant corriger un nommé Ferrari, Milanais, auditeur de la nonciature, auquel on attribue toutes les suites du démêlé du nonce et du vice-
1. Dépêche du22 octobre 1686 (Correspondance de Rome, t. CCCI, p. 346-353).